L’association L’Escouade met en œuvre un beau projet d’usage civique de l’histoire à Ville de Genève – Officiel : « 100Elles* ».
« Dans le canton de Genève, il y a actuellement 549 rues portant le nom d’un homme contre 43 celui d’une femme. Les critères de nomination des rues sont a priori non-genrés – il doit s’agir de personnes ayant marqué de manière pérenne l’histoire de Genève et décédées depuis plus de dix ans – mais un ensemble de phénomènes sociaux et culturels liés au patriarcat et au sexisme contribuent à l’invisibilisation des femmes dans l’ensemble de la sphère publique, les faisant ainsi disparaître, entre autres, de notre histoire collective et de nos rues. Ce type de mécanismes participent encore aujourd’hui à renforcer les inégalités de genre.
En 2019, le projet 100Elles*, mené par l’association L’Escouade et soutenu par le Service Agenda 21 de la Ville, a donc investi Genève, et cent figures féminines, sélectionnées selon les critères actuels de nomination des rues, ont désormais une plaque dans la ville. Grâce au travail biographique d’un collectif d’historien.ne.x.s de l’Université de Genève, ces femmes et leur histoire sont à découvrir sur le site 100Elles.ch ou à l’occasion d’une visite guidée. »
À la période charnière de la crise révolutionnaire, l’ouvrage questionne le rôle politique des femmes dans un moment propice à la transgression des normes. La Révolution a été considérée par la majorité des historiennes du Gender comme le tournant critique des rapports entre la République et les femmes. Les fonds d’archives provençales et comtadines et l’historiographie locale sont revisités en fonction du rôle des femmes dans l’espace public en situation de crise. Les pratiques politiques féminines sont d’abord étudiées dans la conflictualité d’Ancien Régime utilisée comme moyen d’expression politique. Malgré le refus des droits politiques, la période révolutionnaire voit des femmes patriotes s’affirmer comme membres du Souverain, en militant dans des clubs féminins ou mixtes, participant aux journées révolutionnaires et aux politiques de Terreur. D’autres Provençales et Comtadines se mobilisent pour résister au monde nouveau qui se crée et sont victimes de leur engagement. À côté des femmes agissantes que révèlent les archives, les sources montrent l’importance du rôle des représentations – des furies de guillotine aux victimes de la Révolution mises en valeur par le camp conservateur. On constate l’influence de ces représentations sur l’évolution des options collectives et leur enracinement géographique, ainsi que sur la place des femmes dans le champ du politique jusqu’à nos jours.
Martine Lapied,
Collection Penser le Genre, aux Presses Universitaires de Provence, 2019
Cet ouvrage collectif présente les travaux originaux d’historiens de l’Antiquité qui ont souhaité contribuer à une meilleure connaissance de la place des femmes dans les provinces orientales hellénophones de l’Empire romain, qu’il s’agisse de prêtresses (des cultes civiques, panhelléniques ou impérial) ou de chrétiennes, d’épouses de notables (citoyens romains ou non) ou d’esclaves. Tous les types de documents ont été mis à contribution : textes littéraires, inscriptions, sources archéologiques.


Cette première édition du feuilleton Le Père Brafort (publié par le Siècle de novembre 1872 à février 1873) nous fait découvrir un roman de mœurs politique, socialiste et féministe, l’un des rares textes littéraires traitant de deux insurrections largement oubliées : celles de juin 1832 et juin 1848. Écrit dans une période de frémissement révolutionnaire, publié avec la volonté de porter un message d’espoir malgré l’écrasement de la Commune, ce récit continue aujourd’hui d’interpeller les lecteurs sur bien des enjeux actuels, en les invitant à « voir les choses autrement qu’avec l’œil de l’habitude ».
Texte établi, annoté et commenté par Alice Primi et Jean-Pierre Bonnet, PU Rennes, 2019.

Sous la direction éditoriale d’Annette Lykknes (Norwegian University of Science and Technology, Norway) et de Brigitte Van Tiggelen (Science History Institute, USA)
Aux éditions World Scientific Publishing Co.
August 2019.

Ce livre offre un point de vue original sur l’histoire du Tableau Périodique des Eléments ou Table de Mendeleïev dont on célèbre le 150ème anniversaire: un volume collectif comprenant de courts articles illustrés sur les femmes et leur contribution à la construction et à la compréhension du tableau périodique et des éléments eux-mêmes. Le Tableau Périodique a évolué depuis la classification introduite par Mendeleïev mais le principe reste le même : les actuels 118 éléments sont classés par ordre croissant de numéro atomique en fonction de leur configuration électronique, donc de leurs propriétés chimiques.
Peu de textes existants traitent des contributions des femmes au tableau périodique. Ce livre sur le travail des femmes chimistes rassemble 28 biographies qui démontrent le caractère multiforme des travaux sur les éléments chimiques et leurs relations périodiques. Les rédacteurs estiment que ces récits permettront une meilleure compréhension de la nature de la science, et du travail collaboratif qu’elles ont fourni (par opposition à la représentation traditionnelle du génie solitaire).
Autour d’Annette Lykknes et Brigitte Van Tiggelen, l’équipe des auteurs est internationale : Gisela Boeck, Donald Opitz, John Hudson, Claire Murray, Jessica Wade, Jeffrey Allan Johnson, Mary Mark Ockerbloom, Marelene Rayner-Canham, Maria Rentetzi, Geoffrey Rayner-Canham, Patrice Bret, Keiko Kawashima, Xavier Roqué, Ian D. Rae, Louis-Pascal Jacquemond, Krister Nordlund, Matt Shindell, Ignacio Suay-Matallana, ….
En ce qui concerne la sélection des femmes, les chapitres incluent des contributions aux tableaux pré-périodiques ainsi que les découvertes récentes, les histoires inconnues ainsi que les plus célèbres. L’accent a été mis sur les travaux menés à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle qui reflètent une grande variété de contextes.
D’Emilie du Chatelet à Dorothea Wallich et Marie-Anne Lavoisier, d’Ellen Swallow Richards à Marie Curie, Ellen Gleditsch et Harriet Brooks, d’Ida Noddak à Lise Meitner, Marguerite Pérey et Clara Immerwahr, de Stephanie Horovitz à Margaret Todd, Irène Joliot-Curie et May Sybil Leslie, d’Isabella Karl à Chien Shiung Wu et Ida Freund, de Cecilia Payne à Berta Karlik, Reatha King, et Alice Hamilton, de Gertrud Woker à Julia Lermontova et Barbara Bowen, de Sonja Smith-Meyer Hoel à Toshiko Mayeda et Yvette Cauchois, ce sont plusieurs générations de femmes scientifiques venues de tous les continents qui sont ainsi mises en lumière.
La table des matières complète de Women in their Elements: Selected Women’s Contributions to the Periodic System se trouve à l’adresse suivante : https://www.worldscientific.com/worldscibooks/10.1142/11442#t=toc
et la contribution concernant Irène Curie, le chapitre 28, par Louis-Pascal Jacquemond : https://doi.org/10.1142/9789811206290_0028.
L’association Mnémosyne pour le développement de l’histoire des femmes et du genre souhaite une nouvelle fois manifester sa consternation et sa colère après la lecture des nouveaux programmes d’histoire-géographie de Terminale, présentés au CSE le 11 juillet et rendus publics par le SNES le 10 juillet 2019. En effet, ce texte est la confirmation que notre appel de décembre 2018 au sujet des nouveaux programmes d’histoire de Seconde et Première, n’a pas été entendu. Pire encore, les corrections apportées au programme de Terminale dans la dernière mouture proposée au CSE marquent un nouveau recul dans la représentation des femmes dans l’histoire enseignée aux jeunes lycéennes et lycéens.
Dans le programme de tronc commun général, en effet, les «Résistantes françaises» disparaissent des points de passage et d’ouverture recommandés dans la leçon sur la Seconde Guerre Mondiale et l’étude de la politique libérale de Margaret Thatcher est remplacée par celle de Ronald Reagan et de Deng Xiaoping. Les élèves de terminale n’entendront parler de femmes que dans une sous-partie du thème 3 sur le tournant social, politique et culturel de la France entre 1974 et 1988, consacrée à «l’évolution de la place et des droits des femmes et des jeunes», avec un point de passage et d’ouverture sur la Loi Veil de 1975. Dans le programme de spécialité H2GSP, peu propice à une lecture mixte et égalitaire de la géopolitique mondiale, on observe la suppression du thème 4 sur «pauvreté et inégalités», qui permettait de réfléchir dans ses jalons sur «femmes et pauvreté, les programmes de l’ONU pour réduire les inégalités», et sur «les politiques publiques dans les pays européens en faveur de l’égalité entre hommes et femmes depuis les années 60». Reste pour ce programme un jalon dans l’axe 1 du thème 6, «L’enjeu de la connaissance», intitulé «Donner accès à la connaissance: grandes étapes et alphabétisation des femmes du XVIème siècle à nos jours dans le monde». Dans le programme de terminale technologique, seul un sujet d’étude sur «l’évolution de la place et des droits des femmes», la dernière prévue pour le programme de l’année, permettra aux élèves d’entendre parler de femmes et de luttes pour l’égalité.
Cette lecture des programmes proposés par la DGESCO invite à trois remarques. Tout d’abord, la quasi disparition d’une histoire sociale et culturelle ne laisse aucune possibilité de transmettre une histoire mixte. La faiblesse des occurrences féminines dans les thèmes, les axes, les jalons ou les points de passage et d’ouverture, comme l’ignorance absolue des problématiques de genre ne permettra guère aux enseignants de proposer à leurs élèves une vision renouvelée de l’histoire, et donc de répondre à une demande sociale de plus en plus clairement exprimée. D’autre part, les thèmes choisis pour évoquer les femmes n’apportent en rien un renouvellement ni un approfondissement de connaissances aux élèves: ils se contentent de reprendre des leçons déjà abordées dans les cours de collège. Enfin le contenu des leçons et les problématiques choisies ne rendent pas hommage aux multiples travaux de chercheur.e.s en histoire et en sciences sociales, qui permettent d’enrichir ou renouveler la plupart des éléments du programme. Si l’on peut saluer l’effort fait d’évoquer les difficultés d’accès à l’éducation et au savoir des femmes dans le programme de H2GSP, nous espérions que les rédactrices et rédacteurs du nouveau programme d’histoire de Terminale auraient saisi l’occasion de diffuser des connaissances sur la présence des femmes dans l’histoire, les inégalités entre les sexes, et ainsi en sensibilisant les lycéennes et les lycéens, contribuer à édifier une société plus égalitaire. Espoir déçu qui renforcera à l’avenir notre mobilisation.
L’Association Mnémosyne pour le développement de l’histoire des femmes et du genre
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La fête des Mères n’a pas été inventée par le maréchal Pétain selon l’idée reçue qui refleurit à chaque mois de mai. Cette fête a une source : le culte antique aux Déesses-Mères. Dans sa forme actuelle, la fête est la rencontre, au cours de la Première Guerre mondiale, entre la fête sentimentale de féministes américaines et la fête nataliste des populationnistes français. En imposant la préparation de la fête des Mamans à l’école, le maréchal Pétain en a fait un hymne à la Mère au foyer. Les IVe et Ve Républiques ont entériné cette pratique. La marchandisation a fait le reste.

http://pur-editions.fr/detail.php?idOuv=4836
« La musique a-t-elle un genre ? » : la question soulève encore souvent indifférence polie, sinon hilarité, voire mépris. Et pourtant ! Comme la littérature et la peinture, la musique n’échappe pas aux catégorisations genrées et encore moins aux inégalités de genre qui relèguent dans l’ombre les femmes artistes.
Ce volume examine sur la longue durée ce phénomène d’invisibilisation des musiciennes à l’oeuvre tant dans l’historiographie que dans l’imaginaire social, tant dans les discours que dans les pratiques de création et les programmations.
Repérant les différentes voies de disqualification des talents féminins, les seize études réunies ici scrutent les indices de l’enfouissement des musiciennes dans les traités philosophiques et esthétiques, dans les manuels d’éducation, dans les témoignages du public, dans les récits de vie, comme dans les écrits savants et la critique musicale, y compris la plus récente.
Surgissent ainsi autant de jalons pour débusquer et mieux déconstruire les stéréotypes de genre dans les écrits sur la musique et les pratiques musicales d’hier et d’aujourd’hui.
http://www.editions-sorbonne.fr/fr/livre/?GCOI=28405100379850


