Mnémosyne propose dans ce dossier une sélection des articles paru en ce début d’année 2014 à propos du genre.
Bonne lecture

 

 

 

 

 

« Près de deux mois après la mise en circulation de notre texte, nous revenons vers vous pour vous faire part de quelques outils que nous avons souhaité mettre en place pour prolonger les débats et faire remonter toutes les initiatives qui pourraient être utiles à nos revendications.

Nous avons ainsi le plaisir de vous annoncer la création d’un site internet « Les Faiseuses d’histoire 2018 » accessible à l’adresse suivante : https://lesfaiseusesdhistoire2018.wordpress.com/
Il s’agit d’un blog WordPress.com qui pour le moment contient :
– le texte de la tribune « Sortons du Blois »
– la liste des 520 signataires
– une rubrique « Ils et elles en ont parlé » qui recense tous les articles et interviews qui ont relayé la tribune. Si vous avez eu connaissance de réactions médiatiques ou autres que nous ne mentionnons pas n’hésitez pas à nous les transmettre.
– et une rubrique latérale intitulée « ressources » qui renvoie à quelques études statistiques et analyses chiffrées existantes sur le poids des femmes à l’université, en particulier en histoire et dans les sciences humaines.

Nous souhaiterions à l’avenir, et avec votre aide, recenser aussi sur ce site les actions de promotion à l’égalité femmes-hommes dans les universités et les établissements d’enseignement supérieur et nous vous invitons à nous faire connaître et à partager toutes les initiatives locales dont vous avez connaissance. N’hésitez pas à faire connaître le site autour de vous, auprès de tous les collègues, femmes et hommes.

Nous avons créé pour notre collectif un compte Twitter « Les Faiseuses d’histoire à l’adresse suivante  https://twitter.com/Faiseusesdhist1 auquel vous pouvez vous abonner.

Nous vous signalons l’existence d’un annuaire français qui recense toutes les femmes spécialistes d’un domaine d’expertise à l’adresse :  https://expertes.fr/. N’hésitez pas à vous y inscrire.

Enfin, nous avons le projet de rédiger un guide des bonnes pratiques pour rappeler la législation existante mais aussi donner des idées concrètes pour promouvoir l’égalité et la mixité dans l’enseignement supérieur et la recherche. Nous pourrons dans un premier temps mettre en ligne sur notre site. Là encore, nous avons besoin de vos idées et de celles de tous les collègues, hommes et femmes, qui veulent faire bouger les choses collectivement.
N’hésitez pas à nous écrire à l’adresse lesfaiseusesd’histoire@gmail.com pour enrichir et développer nos propositions.

Merci à toutes,

Les Faiseuses d’histoire »

Avant les Rendez-vous de l’histoire de Blois (du 10 au 14 octobre), un collectif d’historiennes déplore le manque persistant de parité au sein de leur discipline.

LE MONDE |

La visibilité du livre d’histoire n’est que marginalement celle des historiennes, à l’image du visage flouté de Mona Lisa sur l’affiche 2018 des rendez-vous de l’histoire de Blois.

La visibilité du livre d’histoire n’est que marginalement celle des historiennes, à l’image du visage flouté de Mona Lisa sur l’affiche 2018 des rendez-vous de l’histoire de Blois.

Tribune. Comme chaque année, la communauté historienne inaugure son salon du livre. Les Rendez-vous de l’histoire de Blois sont d’abord, comme le dit le dépliant, une « gigantesque librairie » d’histoire où se pressent des centaines d’éditeurs et d’auteurs venus rencontrer leurs lecteurs. D’année en année, cette manifestation s’est imposée comme le moment de visibilité unique donné à la production et à la recherche historiques, avec ses stars, ses invités, ses évités, ses dîners, ses conférences à guichets fermés.

Autant le dire d’emblée : si nous n’employons pas l’écriture inclusive, c’est qu’au fond elle est peu nécessaire ici. La visibilité du livre d’histoire n’est que marginalement celle des historiennes, à l’image du visage flouté de Mona Lisa sur l’affiche du festival. Alors c’est vrai, beaucoup de chemin a été parcouru, grâce aux collègues qui nous ont précédées : la parité progresse au sein des manifestations, des commissions préparatoires et des jurys.

L’association Mnémosyne, qui milite pour l’histoire des femmes et du genre, a obtenu pour la première fois en 2010 de pouvoir organiser une table ronde. Mais la grandeur symbolique, elle, ne se partage pas au salon et elle est indubitablement masculine, comme l’est emblématiquement et quasi systématiquement le « Grand prix des Rendez-vous de l’histoire de Blois » (dix-huit hommes primés pour trois femmes, proportions comparables à celle du prix du livre d’histoire du Sénat, quatorze hommes primés pour deux femmes)

https://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/10/03/l-appel-de-440-historiennes-francaises-mettons-fin-a-la-domination-masculine-en-histoire_5364200_3232.html?xtref=https://www.lemonde.fr/

Paris, le 19 octobre 2015

Objet : Les « nouveaux » programmes scolaires et le genre

Monsieur le Président du Conseil supérieur des programmes,

Les dix-huit membres du Conseil supérieur des programmes (CSP) — d’abord présidé par Monsieur Alain Boissinot puis par Monsieur Michel Lussault —ont travaillé plus d’un an à l’élaboration des nouveaux programmes du primaire et du collège.

Fort contestés au printemps 2015, ces programmes ont été revus et corrigés pendant les vacances d’été et ils sont désormais disponibles à l’adresse suivante :

http://www.education.gouv.fr/cid93042/projet-de-programmes-pour-les-cycles-2-3-et-4.html

Chacun·e peut se faire une idée de « l’élève » virtuel, idéal, que les membres du CSP se donnent pour objectif de former ainsi que de la méthode et des contenus. Les cycles scolaires concernés par les nouveaux programmes sont les IIe cycle (CP, CE1, CE2), IIIe cycle (CM1, CM2, 6e) et IVe cycle (5e, 4e, 3e).

Le collectif signataire de cette lettre ouverte est composé de dix-sept institutions et associations françaises qui, elles-mêmes, regroupent des scientifiques internationalement reconnu·e·s des études de genre ainsi que des spécialistes de l’égalité femmes-hommes/filles-garçons. Presque tou·te·s, à des degrés divers, sont ou ont été acteurs et actrices de terrain, face à des élèves réel·le·s, dans toute leur diversité et leur hétérogénéité. Certain·e·s sont également en situation de former des enseignant·e ·s.

Les promesses faites par le CSP — d’une part, de dialoguer avec les personnes concrètement engagées, d’autre part, de rapprocher l’enseignement de la recherche — nous avaient incité·e·s à faire entendre nos voix.

Nous voulions faire valoir qu’il fallait intégrer, dans les nouveaux corpus et à tous les niveaux des cursus, les connaissances permettant de promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes ; qu’il était urgent de mener la lutte contre les stéréotypes sexistes dans tous les domaines, dans toutes les disciplines et à l’aide d’outils pédagogiques renouvelés, à tous les niveaux de l’enseignement, à commencer par l’école maternelle puis l’école élémentaire, puis enfin, en collège et en lycée.

Que ce soit en matière de socle de connaissances, d’évaluation, de formation des enseignant·e·s, de pédagogie ou encore de valeurs éthiques et civiques, et in fine, en matière de programmes, nous pensions que l’enseignement se devait d’intégrer les apports que la recherche scientifique a produits et validés depuis près d’un demi-siècle et que plusieurs pays européens ont déjà incorporés dans leurs projets éducatifs. Les femmes ne devaient plus être reléguées à un préambule, ni à un chapitre à part, ni à quelques lignes, aussi bienveillantes soient-elles, saupoudrées ici et là. On sait aujourd’hui le rôle décisif et le poids que les femmes ont dans tous les domaines de la vie sociale, culturelle, économique ou politique (malgré les discriminations dont elles sont encore l’objet).

Il était temps de proposer aux filles et aux garçons, dans les classes, quel que soit le sujet traité et quelle que soit la discipline enseignée, des connaissances et des outils pour étudier les processus à l’œuvre dans la fabrication des inégalités sexuées, afin de provoquer une réflexion sur l’égalité, non seulement en droit (dans le respect des lois votées) mais aussi en fait.

La difficulté rencontrée pour obtenir un rendez-vous et pour pouvoir nous exprimer devant des représentant·e· s du Conseil supérieur des programmes fut peu de chose au regard de la surdité feutrée finalement opposée par l’institution.

Oui, l’occasion fut totalement manquée. Le CSP est resté sourd à nos arguments. Il a sans doute espéré nous contenter par des mentions à la marge — consensuelles et molles — mais qui ne changent rien sur le fond : les programmes réécrits par le CSP cet été se donnent pour ambition de faire « comprendre le monde » à notre jeunesse sans avoir le courage de l’analyser et tout en évitant soigneusement le critère d’explication du « monde tel qu’il est » que constitue la hiérarchisation des sexes.

Oui, l’occasion est manquée : Acta est fabula pourrait-on penser !Mais la pièce n’est sans doute pas totalement jouée. Les livres scolaires qui vont suivre ces programmes seront examinés à la loupe, car ils peuvent encore éviter le piège des stéréotypes de genre avec les hiérarchies et les inégalités qu’ils entraînent inévitablement. Par ailleurs, la liberté de pensée et la conscience professionnelle dont dispose encore le corps enseignant pourraient également permettre de conjurer en partie le dangereux déni de nos instances nationales.

Recevez, Monsieur le Président du Conseil supérieur des programmes, nos salutations lucides.

Associations signataires

– Approches pluridisciplinaires du genre (ARPÈGE)

– Association de jeunes chercheuses et chercheurs en études féministes, genre et sexualités (EFIGIES)

– Association de recherches sur le genre en éducation et formation (ARGEF)

– Association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG)

– Association nationale des études féministes (ANEF)

– Coordination française pour le Lobby européen des femmes (CLEF, 55 associations féministes françaises)

– Fédération de recherche sur le genre (RING)

– Femmes pour le dire, femmes pour agir (FDFA)

– Femmes & mathématiques (F & M)

– Femmes et sciences (F & S)

– Femmes ingénieurs (FI)

Institut Émilie-du-Châtelet pour le développement et la diffusion des études sur les femmes, le sexe et le genre(IEC)

– Ligue du droit international des femmes (LDIF)

– Mnémosyne : association pour le développement de l’histoire des femmes et du genre

Réseau féministe « Rupture »

– Réussir l’égalité femmes-hommes (REFH)

Société internationale pour l’étude des femmes d’Ancien Régime (SIEFAR)

En France, il existe un cadre juridique qui encourage l’utilisation du féminin des noms de métiers dans les textes réglementaires et dans tous les documents officiels émanant des administrations et établissements publics de l’Etat.

Une première circulaire du Premier ministre du 11 mars 1986 relative à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre est venue prescrire cette obligation et indiquer en annexe les règles de féminisation.

JO-1986-04267

Constatant l’inapplication de la première circulaire de 1986, le Premier ministre a réitérée cette obligation dans une circulaire du 6 mars 1998 relative à la féminisation des noms de métier, fonction, grade ou titre.

JO-1998-03565

Plus récemment la loi du 8 juillet 2013

http://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/stereotypes-et-roles-sociaux/fiches-de-synthese-5/article/feminisation-du-langage

La loi du 8 juillet 2013 de programmation pour la refondation de l’école de la République (loi dite Peillon) qui rappelle que la transmission de la valeur d’égalité entre les femmes et les hommes se fait dès l’école primaire

LOI n° 2013-595 du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République

http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000027677984&categorieLien=id

article 45

« Elle dispense les éléments d’une culture historique, géographique, scientifique et technique. Elle offre une éducation aux arts visuels et aux arts musicaux. Elle assure l’enseignement d’une langue vivante étrangère et peut comporter une initiation à la diversité linguistique. Elle contribue également à la compréhension et à un usage autonome et responsable des médias, notamment numériques. Elle assure l’acquisition et la compréhension de l’exigence du respect de la personne, de ses origines et de ses différences. Elle transmet également l’exigence du respect des droits de l’enfant et de l’égalité entre les femmes et les hommes. Elle assure conjointement avec la famille l’éducation morale et civique qui comprend, pour permettre l’exercice de la citoyenneté, l’apprentissage des valeurs et symboles de la République et de l’Union européenne, notamment de l’hymne national et de son histoire. »

et la circulaire éducation nationale du 20 janvier 2015 (http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=85395

Et enfin,

La circulaire n° 2015-003 du 20-1-2015 sur les Actions éducatives. Mise en œuvre de la politique éducative en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons à l’École

NOR : MENE1500237C
circulaire n° 2015-003 du 20-1-2015
MENESR – DGESCO B3 – MDE

Texte adressé aux rectrices et recteurs d’académie, chancelières et chanceliers des universités ; aux inspectrices et inspecteurs généraux de l’éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs généraux de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie – directrices et directeurs académiques des services de l’éducation nationale ; aux personnes chargées de mission académiques « égalité » ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie-inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux ; aux inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale premier degré ; aux inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale chargés de l’information et de l’orientation ; aux inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale de l’enseignement général et de l’enseignement technique ; aux personnels de direction ; aux directrices et directeurs d’école ; aux responsables académiques de la formation ; aux directrices et directeurs des ressources humaines ; aux personnes déléguées académiques à la formation des personnels d’encadrement ; au directeur de l’École supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
La politique éducative en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons à l’École repose à la fois sur la formation, initiale et continue, de l’ensemble des personnels, et sur la prise en compte, au cœur des enseignements et de la pratique pédagogique, d’un principe qui est au fondement de notre République et qui constitue un des objectifs du service public d’enseignement. Elle a pour finalité la constitution d’une culture de l’égalité et du respect mutuel partagée par l’ensemble des membres de la communauté éducative, élèves, personnels, parents et partenaires concourant aux missions de l’école, et garantit à chaque élève, fille ou garçon, un traitement égal et une même attention portée à ses compétences, son parcours scolaire et sa réussite.

Le code de l’éducation confie aux écoles, collèges, lycées et établissements d’enseignement supérieur la mission de « favoriser la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d’orientation » et de dispenser, à tous les niveaux de scolarité, « une information consacrée à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences commises au sein du couple ».

La loi du 8 juillet 2013 d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République rappelle que la transmission de la valeur d’égalité entre les femmes et les hommes se fait dès l’école primaire et prescrit qu’au nombre de leurs missions, les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) ont celles de sensibiliser et former l’ensemble des personnels enseignants et d’éducation à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations.

Dans la continuité du plan pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’École annoncé le 30 juin 2014, des « outils pour l’égalité » ont été élaborés pour atteindre les objectifs fixés par la loi et mettre en œuvre concrètement les engagements que le ministère a pris dans la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif – 2013-2018. La diffusion de ces outils, leur appropriation par l’ensemble des acteurs du système éducatif et l’accompagnement qui en sera fait, notamment auprès des familles et des partenaires de l’École, requièrent un ensemble d’actions concertées et cohérentes.

1 – Généraliser la formation initiale et continue de l’ensemble des personnels à l’égalité entre les filles et les garçons à l’École

Formation initiale des personnels

Le référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation confie à tous les professeurs et personnels d’éducation la mission de transmettre aux élèves les valeurs de la République, en même temps qu’il les invite à fonder leur exemplarité et leur autorité sur des principes éthiques et de responsabilité. Dans ce cadre, les Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) intègrent dans les enseignements du tronc commun la mobilisation contre les stéréotypes, notamment sexistes, et les discriminations ainsi que la promotion de l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes.

Je vous rappelle que la mise en œuvre de ce tronc commun de formation initiale, notamment la transmission du sens et de la portée du principe d’égalité entre les filles et les garçons à l’école, constitue une priorité qui doit être considérée avec la plus grande attention.

Le parcours de formation à distance sur l’égalité entre les filles et les garçons, disponible sur la plateforme M@gistère, est accessible aux enseignants et stagiaires inscrits en master métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation. Pour en ouvrir l’accès aux étudiants, les responsables de formation des ESPE s’adresseront aux correspondants M@gistère désignés par les recteurs d’académie, dont les coordonnées sont disponibles à l’adresse suivante : https://magistere.education.fr/dgesco/mod/page/view.php?id=2235.

Ce parcours, conçu avant tout pour les personnels enseignants du premier degré et adaptable aux personnels du second degré, contribue à construire, chez les étudiants et les stagiaires, une posture professionnelle propice à davantage d’égalité de traitement entre filles et garçons à l’école. Il les éclaire sur les apports de la recherche en ce domaine d’une part, leur fait prendre conscience des discriminations qui peuvent être induites par leur pratique ou par les élèves dans leurs relations entre pairs, d’autre part. Ce parcours sera complété, à compter de la prochaine rentrée, par des modules élaborés par des équipes pluridisciplinaires et partenariales, en réponse à l’appel à projets lancé auprès des ESPE et visant à renforcer les enseignements du tronc commun.

Vous veillerez à assurer la complète information des directeurs d’ESPE sur ces outils mis à leur disposition et favoriserez à cette fin les relations entre eux et les personnes chargées de mission académique « égalité » ainsi que les chargés de mission égalité installés dans les établissements d’enseignement supérieur, en application de la loi du 22 juillet 2013.

Concernant les personnels d’encadrement, l’École supérieure de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESENESR) mettra en place cette année un module sur l’égalité entre les filles et des garçons à l’École pour la formation statutaire des personnels de direction, des inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale (IEN) et des inspectrices et inspecteurs d’académie-inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux (IA-IPR).

Formation continue des personnels

L’égalité entre les filles et les garçons à l’École est inscrite comme priorité nationale de la formation continue des enseignants des premier et second degrés pour l’année scolaire 2014-2015 (circulaire n° 2014-167 publiée au BOEN du 18 décembre 2014). L’ampleur avec laquelle ce sujet a déjà été pris en compte dans les plans académiques de formation mérite d’être saluée. Afin que le principe d’égalité s’inscrive durablement dans la culture professionnelle des personnels, l’effort de formation  continue en direction des enseignants, de l’encadrement et de toutes les catégories de personnel doit être poursuivi, en cohérence avec les orientations du plan national de formation.

Pour les personnels enseignants du premier degré, le parcours M@gistère sur l’égalité entre les filles et les garçons à l’École cité plus haut, est mobilisable dans le cadre des neuf heures entrant dans les obligations de service et consacrées à des actions de formation continue, pour tout ou partie à distance. Les inspectrices et inspecteurs de l’éducation nationale premier degré sont en outre invités à inscrire, dès cette année et de manière régulière, la question de l’égalité entre les filles et les garçons à l’École à l’ordre du jour des animations pédagogiques de circonscription.

Pour l’ensemble des personnels académiques, enseignants, d’orientation, d’éducation et d’encadrement, les enseignements du séminaire national organisé les 26, 27 et 28 novembre 2014 à l’ESENESR, devront être traduits dans les plans académiques de formation, afin de renforcer les initiatives déjà existantes. Les délégations académiques qui ont composé le public de ce séminaire, délégations interdegrés et intercatégorielles, devront constituer, autour des personnes chargées de mission académiques « égalité », la base d’équipes ressources d’animation pour que la question de l’égalité entre les filles et les garçons et la prévention des comportements sexistes et des violences sexuelles soient prises en compte, dans les enseignements disciplinaires, dans les actions éducatives et la vie scolaire, dans l’accompagnement des choix d’orientation, dans l’élaboration de projets d’école et d’établissement et dans la co-construction, avec les familles et les autres partenaires de l’école, d’une culture partagée.

Les conférences prononcées lors de ce séminaire sont mises en ligne dans la rubrique « ressourcez-vous : conférences en ligne » du site de l’ESENESR. Par ailleurs, les supports de la plupart des interventions ont été adressés aux participants au séminaire et sont disponibles sur demande auprès de la direction générale de l’enseignement scolaire (mission Prévention des discriminations et égalité fille-garçon).

2 – Mobiliser de nouvelles ressources, pour fédérer l’ensemble de la communauté éducative autour d’une ambition partagée et permettre aux enseignants de mettre en œuvre des séquences en classes

En complément des ressources à disposition sur le site Éduscol (rubrique « égalité filles-garçons »), de nouvelles ressources ont été élaborées, avec la collaboration de l’inspection générale de l’éducation nationale et du réseau Canopé. Destinées à tous les niveaux scolaires, de la maternelle jusqu’au lycée, elles sont consultables et téléchargeables sur le site « outils pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école » à l’adresse suivante : http://www.reseau-canope.fr/outils-egalite-filles-garcons.html.

Ce site offre à la fois des éclairages sur les enjeux de l’égalité à l’école et plus largement dans la société, des pistes pédagogiques liées aux programmes d’enseignement, à l’accompagnement des choix d’orientation – notamment dans le cadre de la mise en œuvre du nouveau parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel (Piiodmep) -, ainsi que des préconisations pour inscrire l’égalité au cœur même des projets d’école et d’établissement.

Pour faciliter le travail préparatoire des enseignants, les ressources pédagogiques qui leur sont directement destinées sont regroupées dans la rubrique « mallette pédagogique » du site. Elles apportent, à partir des programmes scolaires existants et du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, des pistes d’action éducative en vue de développer, en classe, dans l’ensemble des disciplines et de manière transversale, des séquences pédagogiques permettant de transmettre aux élèves une culture de l’égalité, de dépasser les préjugés et les stéréotypes et de contribuer à une plus grande égalité entre filles et garçons.

Ce site, qui met d’ores et déjà à disposition des ressources académiques, permettra, après validation par le comité éditorial, une valorisation nationale des initiatives de terrain que les personnes chargées de mission académiques « égalité », en lien avec les équipes académiques, feront connaître à la direction générale de l’enseignement scolaire. Vous veillerez par ailleurs à la mise à jour régulière de pages dédiées à l’égalité entre les filles et les garçons sur les sites académiques eux-mêmes ou à leur création, si elles ne sont pas encore identifiées.

Les ressources du site « outils pour l’égalité entre les filles et les garçons à l’école » pourront également être utilement mobilisées pour engager le dialogue avec les familles. La transmission de la culture de l’égalité a l’École requiert en effet l’adhésion et l’implication de l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, que chacune et chacun doit rechercher quel que soit son niveau de responsabilité. À cet égard, une communication devra être prévue préalablement à la réunion du conseil d’école ou du conseil d’administration en direction des familles, concernant les modalités concrètes de mise en œuvre du principe d’égalité qu’il est proposé d’inscrire dans le projet d’école ou le projet d’établissement.

Cette communication devra être actualisée chaque année a minima lors des réunions de rentrée et être aisément accessible aux parents. En outre, toute action relative à la promotion du principe d’égalité devra être inscrite à l’ordre du jour du comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté lorsqu’elle entre dans le champ de ses missions.

3 – Renforcer le pilotage académique de la politique en faveur de l’égalité

La compréhension de l’enjeu que représente l’égalité entre les filles et les garçons à l’École, l’adhésion à ce principe et la participation à sa réalisation, à la fois chez les personnels, les élèves et leurs familles est indissociable de l’inscription durable dans le projet académique, d’une politique éducative en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons, dont les modalités de pilotage doivent être précisées.

Cette politique doit notamment se fonder sur un diagnostic quantitatif et qualitatif de la situation comparée des filles et des garçons, qu’il s’agisse des différences marquées de leurs parcours scolaires, de l’état des pratiques discriminatoires fondées sur le sexe et des violences à caractère sexuel, ou encore de la participation à la vie scolaire ou lycéenne. Il importe par conséquent, toutes les fois que cela est pertinent, que les statistiques soient sexuées, afin de pouvoir adapter au mieux les actions visant à atteindre une égalité réelle des chances des élèves filles et garçons et de faciliter une démarche d’évaluation.

À l’instar de ce qui a été mis en place avec succès dans plusieurs académies, et en tenant compte des contextes locaux, vous identifierez dans vos services, de manière pérenne, une structure de pilotage dédiée, envisageant la politique en faveur de l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, dans toutes ses dimensions et réunissant l’ensemble des responsables académiques concernés. Les personnes chargées de mission académiques « égalité » y jouent un rôle central et organisent la mise en œuvre des orientations académiques, en lien étroit avec les écoles et les établissements et en s’appuyant le cas échéant sur un réseau de référents.

Les actions qui seront définies dans cette structure de pilotage devront couvrir les champs pédagogique et éducatif, s’adresser aux premier et second degrés, aux voies générale, technologique et professionnelle, impliquer l’ensemble des catégories de personnels et porter notamment une attention particulière aux supports de communication qui sont encore trop souvent imprégnés de visions stéréotypées.

L’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif relève d’une politique transversale à laquelle les établissements d’enseignement supérieur, l’ensemble des services de l’État compétents, les acteurs du monde économique et la société civile, notamment les associations, contribuent en œuvrant pour une plus grande mixité des métiers et la prévention des discriminations à caractère sexiste et des violences sexuelles. À cet égard, je vous rappelle l’importance des déclinaisons régionales de la Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif, signée pour la période 2013-2018 et dont les académies doivent assurer un pilotage conjoint avec la délégation régionale aux droits des femmes, placée auprès du secrétariat général pour les affaires régionales (SGAR). La valorisation des actions menées dans ce cadre s’inscrit pleinement dans les objectifs que le ministère s’est fixé pour donner corps à son action en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Enfin, l’installation durable d’une culture de l’égalité à l’école est indissociable d’une attention particulière portée à l’égalité professionnelle, qui doit relever d’une politique globale de ressources humaines. Celle-ci se fonde notamment sur la représentation équilibrée des femmes et des hommes dans les instances paritaires élues et non élues, dans les promotions de corps et de grade, dans les jurys de concours, dans les recrutements des personnels de direction et d’inspection, enfin dans les nominations à des postes de haut encadrement, conformément aux objectifs fixés par le décret du 30 avril 2012 relatif aux modalités de nominations équilibrées dans l’encadrement supérieur de la fonction publique. Afin de confirmer la dynamique déjà engagée, la feuille de route 2015 pour l’égalité entre les femmes et les hommes proposera, dans le cadre du dialogue social avec les organisations syndicales du ministère, des actions en cohérence avec le protocole d’accord pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes du 8 mars 2013.

4 – Assurer le suivi et l’évaluation de la politique d’égalité dans la durée

Le pilotage que vous mettrez en place au niveau académique fera l’objet d’un suivi qui se concrétisera lors des dialogues annuels de gestion avec l’administration centrale.

Ces données pourront par ailleurs servir à l’évaluation assurée par le Conseil national d’évaluation du système scolaire courant 2016. Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes sera sollicité pour y apporter son concours et son expertise.

Je sais pouvoir compter sur votre attachement à ce que les filles et les garçons puissent mener des parcours scolaires qui répondent à leurs aspirations et se traduisent par des choix d’orientation réfléchis. L’enjeu démocratique et économique d’une plus grande mixité des métiers nous oblige collectivement.

Je sais également pouvoir compter sur l’attachement de toutes et tous à réaffirmer le rôle de l’École comme lieu d’apprentissage du respect mutuel entre les élèves et de formation à l’exercice des libertés individuelles et des responsabilités collectives. L’installation durable d’une culture de l’égalité entre les filles et les garçons à l’école est à ces conditions et je vous remercie de la contribution décisive que vous apporterez à sa réalisation.

La ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Najat Vallaud-Belkacem

Nous avons souhaité participer à la consultation lancée par le ministère de l’éducation nationale pour les programmes de l’école primaire et du collège.
Nous avons d’une part, avec plus d’un dizaine d’autres associations, souligné l’absence du genre dans les nouveaux programmes et rappelé nos propositions communes
<https://mnemosyne-asso.com/a-propos-des-nouveaux-programmes-du-primaire-et-du-college/>

le 3 juin, à la Sorbonne nous avons participé au forum sur l’enseignement de l’histoire organisé par le CSP et retransmis sur France culture par la Fabrique de l’Histoire et sommes intervenus pour rappeler la nécessité d’une histoire mixte, non pas cantonnée  en un ou deux chapitres consacrés aux femmes, mais bien de manière transversale dans la totalité du programme.

Aujourd’hui, voici la contribution spécifique de l’association à propos des programmes d’histoire

Nous avons finalement été reçu par Madame la Sénatrice Marie-Christine Blandin, membre du Conseil Supérieur des Programmes. Menée par Nicole Fouché de REFH (Réussir l’égalité Femmes Hommes)  la délégation représentait 17 associations spécialistes du genre. Nous avons insisté, et espérons avoir été entendu-e-s, sur la nécessité d’infléchir nettement le programme dans ce sens.

 

 

 

 

Au Conseil Supérieur des Programmes :

Malgré notre insistance et l’engagement des présidents du Conseil Supérieur des Programmes, plusieurs tentatives de rendez-vous (de mars 2014 à avril 2015) ont échoué. Nous le regrettons d’autant plus que les programmes qui  sont soumis à la consultation nationale ignorent totalement la question du genre. Les associations qui avaient souhaité travailler avec le CSP, et quelques autres,  sont donc obligées de réitérer leurs propositions :

Le principe d’égalité filles/garçons, femmes/hommes est absent des programmes (sauf très ponctuellement) alors qu’il est fondamental dans la compréhension et l’explication des sociétés et du monde. Nous souhaitons qu’il apparaisse comme tel  dans toutes les disciplines et pour toutes les orientations d’éducation. Nous renvoyons aux prescriptions de la loi du 4 août 2014 ainsi qu’aux textes et directives officielles. Les programmes proposés sont quasi exclusivement rédigés au masculin. Nous souhaitons que leur rédaction soit au masculin ET AU FÉMININ (comme il a été retenu : « Les Françaises et les Français », nous proposons d’ajouter systématiquement les féminins : femmes et hommes, filles et garçons, citoyennes et citoyens,  ouvrières et ouvriers, etc.).  Les stéréotypes sexués ne doivent pas échapper à la vigilance de tout éducateur-éducatrice. Il importe donc que la lutte contre les stéréotypes  fasse partie des recommandations officielles tant dans les orientations  que dans l’ensemble des disciplines (sciences dures comme sciences sociales). L’intégration d’une réflexion sur le genre et l’égalité dans les programmes des différentes disciplines doit aider à comprendre comment les inégalités et les préjugés se perpétuent, et permettre de mieux les combattre.

Associations signataires : Association nationale des études féministes, Association de recherche sur le genre en éducation et formation.,   Arpege(Approches pluridisciplinaires du Genre),   Centre Hubertine Auclert,   Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF), Etudiant-e-s et jeunes chercheure-s en Etudes Féministes, Genre et Sexualités (EFiGiES),  Femmes & Mathématiques,  Femmes & Sciences,  Institut Emilie du Châtelet, Laboratoire de l’égalité,   Mnémosyne – Association pour le développement de l’histoire des femmes et du genre,   Réussir l’égalité femmes-hommes (REFH),   Fédération de recherche sur le genre – RING. « 

En novembre 2012 était remis à Madame la ministre de la Recherche et de l’enseignement supérieur rapport coordonné par Alban Jacquemart, Agnès Netter et Françoise Thibault. Issu d’une réflexion des spécialistes des recherches sur le genre (parmi lesquels plusieurs membres de Mnémosyne) , ce rapport propose vingt orientations stratégiques. Objectif : offrir des pistes d’action à moyen et long terme pour donner à la recherche française sur le genre la place qu’elle mérite, tant sur la scène scientifique que dans la société. Manifestement oublié ce rapport mériterait de ressortir des cartons.

Rapport du MESR: Orientations stratégiques pour les recherches sur le genre nov. 2012

ou sur le site du ministère

http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid70665/orientations-strategiques-pour-les-recherches-sur-le-genre.html

 

MESR-photo

Mnémosyne est partie prenante de la pétition

LES ÉTUDES DE GENRE, LA RECHERCHE ET L’ÉDUCATION : LA BONNE RENCONTRE

Pour suivre l’actualité de l’appel : le blog

http://genrerechercheeducationrencontre.unblog.fr/

Plus de 14000 signatures mais si ce n’est pas encore fait vous pouvez toujours y signer la pétition

Merci de votre mobilisation !

Mnémosyne

 

Toujours à lire sur le genre les deux dossiers paru dans  Causette et le Nouvel Obs.

Quelques bonnes page, le reste à retrouver dans ces journaux.

1. Causette

http://www.causette.fr/articles/lire-article/article-740/la-pra-tendue-tha-orie-du-schtroumpf.html

dossier genre C1Causette

dossier genre Causette

dossier genre C9 Causette

 

2. Nouvel Obs

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20140305.OBS8616/femmes-hommes-les-vraies-differences.htmldossier Nouvel Obs 1

NO interview NVB

NO statistiques

Femmes-Coimbra

Sur un mur à Coimbra, Portugal. Photo Mnémosyne

 

Le Nouvel Observateur

Marketing de genre, « Lego » roses et dentifrice pour hommes

Andréa, Mia, Olivia, Stéphanie, Emma, et leurs animaux « trop mignons » n’en finissent pas de défrayer la chronique. A priori, rien de sulfureux chez ces mini-poupées spécialement conçues pour évoluer dans le monde merveilleux des briquettes en plastique de la marque Lego. Le hic, c’est que cette nouvelle gamme baptisée « Friends », lancée en janvier 2012, vise délibérément un public féminin et ne lésine pas sur les codes du genre pour toucher sa cible. Les boîtes de jeu déclinent à l’envi toutes les nuances du rose, les figurines sont plus réalistes et moins cubiques qu’à l’ordinaire, taille fine, poitrine légèrement marquée, cheveux onduleux. Et les thèmes choisis – club d’équitation, clinique vétérinaire, salon de beauté…- surfent à loisir sur les tendances du moment en matière de goût pour filles.

Charlotte veut « partir à l’aventure »

En France, tant que le débat sur le « genre » n’était pas venu semer la pagaille dans les écoles françaises, d’innocents parents se sont précipités sur cette nouvelle gamme aux couleurs acidulées (globalement un des thèmes les plus populaires de la marque tout pays confondu). Et ont rangé les toutes nouvelles constructions Lego aux côtés des cuisines équipées et autres poupées Barbie de leur progéniture féminine, ravie. Malheureux ! Aux Etats-Unis, les féministes n’ont pas tardé à accuser le groupe danois de contribuer à l’apartheid des sexes. Le pic de l’indignation semblant atteint en début d’année lorsqu’une petite Charlotte envoya à Lego –avec cette touchante écriture mal assurée propre aux enfants de 7 ans- une missive l’implorant de faire plus de « Lego » filles qui pourraient « partir à l’aventure » et non pas « rester assise à la maison, aller à la plage ou faire les boutiques ».

Des études sur 3000 filles dans le monde entier

Chez Lego, on avoue être tombé de l’armoire en découvrant l’ampleur de la polémique : « Avant de nous lancer, nous avions fait des études auprès de 3000 filles dans le monde entier pendant des années pour comprendre comment développer au mieux les produits Lego en leur direction, explique le directeur du service Design produit de Lego Friends. Et d’insister sur le fait que les briquettes roses ne sont pas moins créatives que les autres productions de la marque !

Plus tard le bleu deviendra le gris!

Certes ! Mais à y regarder de plus près, tout ce rose qui dégouline des rayons fillettes des magasins de jouet n’est-il pas stigmatisant ? « Depuis les années 50 et l’invention du rose et du bleu, on sait que les codes couleur sont essentiels en marketing », décrypte Babette Leforestier, auteur d’un Blog hilarant sur le marketing après avoir créé et dirigé pendant plus de 16 ans le Marketing Book de TNS Sofres. « Plus tard, continue-t-elle, le bleu deviendra pour les hommes le gris, le chromé, le noir… ». Rien de dérangeant a priori. Sauf que derrière ces codes visuels rabâchés jusqu’à la caricature se cachent aussi des stéréotypes moins innocents : « C’est flagrant dans les pubs pour les parfums où les femmes ont toujours des gestes doux, sensuels, caressants… tandis que les hommes sont ‘bruts’ ou associés à des étalons », relève l’ancienne directrice marketing en s’agaçant de voir que des ficelles aussi grosses sont toujours aussi efficaces.

Aux femmes les petites bagnoles

Dans la plupart des publicités automobiles, aussi, le marketing de genre fait rarement dans la dentelle. Les constructeurs ont évidemment intégré que les femmes conduisaient tout autant que les hommes et que la moitié d’entre elles achetaient même seule leur future voiture. Mieux, ils savent parfaitement qu’elles sont largement décisionnaires au moment de l’acte d’achat. Et pourtant, les stéréotypes sexuels continuent d’avoir la vie dure dans cet ancien bastion de la virilité. Aux femmes donc les petites bagnoles qu’elles conduisent cheveux au vent, aux hommes les grosses berlines bien carrossées, les 4X4 vrombissant ou même les voitures familiales pour balader fièrement sa joyeuse progéniture.

Le marketing est tour à tour macho ou féministe

Doit –on pour autant considérer le marketing de genre comme l’expression du sexisme le plus honteux ? « Evidemment pas ! » répond Elisabeth Tissier-Desbordes, professeur au département marketing d’ESCP Europe. « Par contre, nuance t-elle, le marketing, en se focalisant sur un phénomène et en le grossissant, a tendance à renforcer les stéréotypes sociaux. Et être tour à tour macho ou féministe. C’est un vrai cercle vicieux ! » En gros, il ne faut pas demander à la publicité de changer le regard que les individus portent sur eux mêmes ou d’offrir une vision philosophique du monde. Ce n’est pas son rôle. « Par contre, précise la spécialiste, s’il ne veut pas rater sa cible, le marketeur a tout intérêt à définir avec finesse ce qui relève de la féminité ou de la masculinité dans un produit ».

Il y a peu de produits limités par la biologie

Dans cet optique, le marketing de genre présente un double intérêt : il permet de toucher au mieux sa cible, en surfant avec subtilité (ou pas) sur les stéréotypes liés au sexe mais aussi d’explorer de nouveaux marchés, de les segmenter. Car hormis les soutien-gorge ou les serviettes hygiénique, il y a finalement assez peu de produits limités par la biologie. Séduire les femmes avec des produits réputés masculins est relativement facile. On admet qu’une femme puisse se saisir d’une perceuse ou pose seule un parquet (comme dans une pub récente pour les magasins Leroy Merlin). Et personne ne pousse des cris d’orfraie lorsqu’une petite fille joue avec les figurines Star Wars de la marque danoise. A l’inverse, séduire des hommes avec des produits considérés comme féminins est une autre paire de manche.

Le succès du Coca Zéro

Deux exemples font école en la matière et viennent facilement aux lèvres des professionnels du marketing : le boom des cosmétiques pour hommes dans les années 90 et l’invention du Coca zéro (début 2007). « On avait un marché de la beauté essentiellement féminin mais un marché saturé », raconte Elisabeth Tissier-Desbordes. « Pour attirer les hommes, il a fallu jouer non pas sur le ‘désir de plaire’, de ‘prendre soin de soi’, mais sur la valorisation, l’expertise. » Un pari réussi par Nivea for men ou Men Expert mais impossible à réaliser pour une marque comme Lancôme, perçue comme très féminine. Même problème avec le Coca Cola light, essentiellement prisée par la gente féminine. D’où l’idée de cibler essentiellement les hommes et de créer un nouveau packaging qui valoriserait leur virilité: le Coca Zéro. Et là, bingo ! « Ils ont vraiment fait du marketing de genre », décode, admiratif, Michel Reynard, directeur marketing du Département Quali-stratégique de TNS Sofres. « Il y a évidemment la couleur noire, mais aussi la disparition du mot ‘light’ ou ‘sans sucre’, trop connoté féminin. » Pourtant, ce professionnel goûte peu le marketing du genre et trouve la formule un peu confuse et trop polémique, sans rapport avec la réalité du marché. « Il y a évidemment un marketing sexué, reconnaît il, le marché de la beauté, ou, hélas, celui de la lessive. Mais l’on sait aussi que les hommes et les femmes ne raisonnent pas de la même manière en terme d’achat. C’est une évidence et la démarche Lego ne me choque pas une seconde ! ». Et demain ? Le marketing pourra-t-il casser les stéréotypes du genre et s’adresser de la même manière aux hommes et aux femmes, sans a priori ?

Des produits sans genre

En 2011, la papesse américaine du marketing, Faith Popcorn, prédisait la disparition du « gender marketing » à la faveur de produits « sans genre » combinant les valeurs masculines et féminines, tel l’iPhone d’Apple, un bijou de technologie au design ultra léché ! Cette tendance à l’homogénéisation de certains marchés, comme celui de l’ iPhone, ou même des monospaces, n’a pas échappé à Michel Reynard. Mais à ses yeux, celle-ci n’est qu’une tendance parmi d’autres : « Ce que j’observe personnellement, c’est plutôt le désir d’être distingué, individualisé comme sujet unique parmi la foule. Et marquer fortement son identité sexuelle va plutôt dans ce sens. »

Redonner le sourire aux hommes

Un discours qui devrait séduire Unilever. En janvier de cette année, le groupe néerlandais d’agro-alimentaire et de cosmétiques a lancé sur le marché un dentifrice spécialement conçu pour les hommes sous la marque Signal : White now men. Une première mondiale ! Tube habillé de noir, goût puissant, ce nouveau dentifrice promet la blancheur éclatante et instantanée grâce à une technologie brevetée : le blue light. « On est parti du constat que les hommes avaient les dents plus jaunes que les femmes pour des raisons comportementales (alcool, tabac…) » explique avec enthousiasme Delphine Leroyer, chef de produit Signal, pour justifier l’intérêt d’un dentifrice dont l’utilité aurait pu nous échapper. Une fois ce constat scientifiquement établi, ne restait plus qu’à établir la réalité d’un marché. Et bien oui, ces messieurs ont non seulement manifesté le désir de plus de blancheur mais ont aussi revendiqué des goûts différents de leur compagne ! A la fin du mois de mars, les publicité (http://tempsreel.nouvelobs.com/tag/publicite)s pour le « White now men » devraient débarquer sur nos écrans. « En gros, on veut montrer qu’avec un beau sourire et des dents bien blanches l’homme séduit sur son passage un peu malgré lui », dévoile la chef de produit. Sans préjuger du résultat final, il est probable que la campagne du « White now men » fasse à nouveau grincer les dents des féministes.

Corinne Bouchouchi

 

Le Point

Journée de la femme : un Tumblr dénonce le sexisme en politique

Des élues écologistes posent pour des photos sur lesquelles elles affichent la phrase la « plus sexiste » qu’elles aient entendue en tant que militantes.

À l’occasion de la Journée mondiale des droits des femmes, des élues écologistes ont posé sur des photos diffusées sur Twitter où elles affichent la phrase la « plus sexiste » qu’elles aient entendue en tant que militantes. L’opération « Et sinon… je fais de la politique » (#SinonJeFaisDeLaPolitique) est menée sur Twitter par Karima Delli, eurodéputée Europe Écologie-Les Verts (EELV) pour qui « combattre les inégalités entre les hommes et les femmes est une tâche ardue, qui nous préoccupe tout au long de l’année, et pas seulement le 8 mars ». « Messieurs, plutôt que de vous sermonner, j’ai décidé de vous faire ce cadeau, un Tumblr en hommage à votre sexisme ordinaire », écrit-elle.

Elle-même pose avec la phrase « Votre discours était très technique pour une femme », alors que Marie- Christine Blandin, sénatrice EELV du Nord, affiche : « Si elle n’est pas capable de mener deux mandats à la fois, elle n’a qu’à retourner au repassage. » « Eh, dis donc, cocotte, t’es pas très photogénique », a entendu Marion Lepresle, adjointe au maire à Amiens, ou encore « Qu’est-ce qu’elle veut, la bonne femme… », pour Michèle Cahu, conseillère régionale en Picardie.

« Le sexisme ne s’arrête pas aux frontières du monde politique, bien au contraire, mais ces anecdotes nous démontrent à quel point le chemin est long », estime Karima Delli.

Rappel à l’ordre

Un député apparenté UMP, Phlippe Le Ray, avait reçu en octobre « un rappel à l’ordre avec inscription au procès-verbal » du président de l’Assemblée pour sexisme après avoir imité le caquetage d’une poule pendant le discours d’une collègue dans l’hémicycle. En juillet 2012, la ministre du Logement, l’écologiste Cécile Duflot y avait été accueillie par des sifflets parce qu’elle portait une robe.

source AFP

 

Le Figaro

Pour la première fois, un rapport publié ce mercredi par l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) présente l’ampleur des violences à l’encontre des femmes dans les 28 pays de l’UE.

Et les résultats de cette enquête, demandée par le Parlement européen et basée sur des entretiens avec 42 000 femmes, sont alarmants. Cinq enseignements à retenir.

La violence est partout, et elle est sous-évaluée

Agressions sexuelles, viols, harcèlement… Dans l’Union européenne, la violence est partout. 33 % des femmes interrogées ont été victimes de violence physique et/ou sexuelle depuis l’âge de 15 ans. « Une personne sur trois, c’est absolument choquant », reconnaît le chef de la communication de l’agence, Friso Roscam Abbing. Pour lui, « aucun des 28 pays membres » ne fait office de bon élève, et il craint que ces chiffres ne soient que « la partie émergée de l’iceberg », beaucoup de femmes n’ayant sans doute pas voulu tout dire aux enquêteurs de la FRA. L’étude indique notamment que 5 % des Européennes ont subi un viol et que 55 % ont déjà été victimes d’une forme de harcèlement. Et cette violence reste trop souvent passée sous silence, puisque 67 % des femmes qui en ont été victimes n’ont pas signalé à la police ou à une organisation d’aide l’acte de violence le plus grave qu’elles ont subi.

Les pays nordiques pointés du doigt, mais…

Si la violence est partout, elle n’est pas répartie de la même manière. Dans le rapport, les chiffres pointent du doigt les pays du Nord, comme la Finlande, la Suède, le Danemark… Un constat qui s’explique de plusieurs manières, comme la criminalité globale du pays, la consommation d’alcool, le pourcentage des femmes qui travaillent et qui sont donc, explique Friso Roscam Abbing, davantage exposées à des violences extérieurs potentielles, comme le harcèlement au travail. Le directeur de la communication de la FRA met toutefois en avant un facteur important : « celui, culturel, de la capacité des femmes à parler ouvertement des violences qu’elles ont subies ». On peut ainsi supposer que les Suédoises ou les Finlandaises ont accepté de parler plus librement que d’autres, comme les Polonaises par exemple, dans un pays où la religion a un poids très important et où « certaines familles n’acceptaient pas que les femmes se confient à nos enquêteurs », indique Friso Roscam Abbing. Selon lui donc, « il ne faut pas nier l’importance des chiffres concernant les pays scandinaves, mais il faut craindre qu’ils soient en réalité beaucoup plus importants dans les pays qui se trouvent en bas du tableau ».

La France doit faire beaucoup mieux

Les résultats de l’enquête concernant la France sont inquiétants. 44 % des femmes interrogées affirment avoir subi des violences depuis l’âge de 15 ans et 47 % disent en avoir subi avant cet âge-là. 29 % des Françaises ont notamment connu une forme de « traque furtive ». « Il existe certaines bonnes pratiques en France, notamment concernant l’assistance aux victimes. Mais le besoin de prévention reste crucial, et ce dès le plus jeune âge », explique Friso Roscam Abbing, qui recommande des campagnes de sensibilisation ciblant également les hommes.

La traque furtive, un phénomène qui prend de l’ampleur

La FRA ne s’attendait pas à de tels chiffres : 18 % des Européennes ont été victimes de « stalking » (traque furtive). Réception à répétition de messages insultants par téléphone, courrier ou internet, appels menaçants, femmes suivies dans la rue… Parmi ces personnes traquées, 1 sur 5 l’ont même été pendant plus de de deux ans, si bien que 23 % ont été obligées de changer d’adresse de messagerie ou de numéro de téléphone. Pour Friso Roscam Abbing, « ce phénomène a tendance à prendre de l’ampleur, notamment le « cyberstalking », facilité les outils comme les SMS ou internet ».

Des conséquences parfois dévastatrices

L’enquête ne s’intéresse pas seulement aux violences mais aussi aux conséquences émotionnelles et psychologiques qui « peuvent être durables et profondément enracinées », selon l’étude. Celle-ci révèle notamment que 21 % des victimes ont été en proie à des crises de panique après un incident et que 35 % sont devenues dépressives. 43 % d’entre elles ont également éprouvé des difficultés dans une nouvelle relation.

Anne-Laure Frémont

 

La Dépêche

Journée de la femme : des acquis à défendre

C’est aujourd’hui la journée internationale de la femme. Si globalement, la condition féminine tend à s’améliorer, notamment en France, ce combat n’est jamais acquis, et certains veulent un retour en arrière. L’Espagne restreint l’avortement, et en France, certains approuvent…

Le combat pour les droits des femmes ressemble parfois à ce rocher de Sisyphe, qu’il faut sans cesse pousser parce qu’il menace sans cesse de retomber. Dans la longue histoire de l’émancipation féminine, rien n’est vraiment acquis.

Pour l’instant, l’Hexagone semble ne pas souhaiter de retour en arrière. Mais sous la pression des catholiques purs et durs, l’Espagne, qui bénéficiait d’une législation sur l’avortement les plus souples d’Europe, s’apprête à faire machine arrière. Et veut imposer un texte extrêmement restrictif. Une décision d’autant plus incompréhensible que trois Espagnols sur quatre considèrent qu’il s’agissait d’une bonne loi, et que ces dernières années, le nombre des IVG était en baisse de 5 %. Aujourd’hui, à travers tout le pays, les Espagnol(e) s défileront contre la loi de Mariano Rajoy.

Ce mouvement anti-avortement n’est pas isolé. Aux États-Unis, depuis longtemps, les «pro-life», extrémistes chrétiens et autres «tea party» vont parfois jusqu’à tuer des médecins qui pratiquent l’IVG. En Angleterre, des cliniques «militantes» tentent de dissuader les candidates à l’avortement. Tout comme en France, il a fallu à la ministre des Droits de la Femme batailler sur internet : des sites anti-IVG se glissaient en haut des pages de recherche sur Google…

En France, la militante du Printemps français Béatrice Bourge a déclaré vouloir s’imposer «8 millions de minutes de silence : depuis 1975, 8 millions d’enfants, ont été génocidés (sic) dans des IVG». En janvier, l’Assemblée nationale a supprimé la notion de «détresse» pour l’IVG : «Une provocation» pour la très droitière députée Christine Boutin. «Il faut affirmer, au niveau européen, que le droit d’une femme à disposer de son corps ne peut être remis en cause», indique à l’inverse Virginie Rozière, tête de liste aux élection européennes dans la région du Grand Sud-ouest.

Et les droits des femmes à travers le monde ? On ne peut que se réjouir pour les femmes de Tombouctou, qui ont été libérées l’an passé par les soldats français, du joug des obscurantistes islamiques au nord du Mali. Au Pakistan, la petite Malala Yousafzi, grièvement blessée par des fanatiques pour son combat, n’a pas eu le Prix Nobel de la paix, mais sa nomination pour cette distinction est en soi une victoire.

Enfin, en Tunisie aussi les droits des femmes étaient menacés par le parti islamiste Ennahda. Ils ont été préservés dans une nouvelle constitution qui garantit l’égalité et la parité. Des raisons de rester optimiste, mais surtout vigilant.

Dominique Delpiroux

 

 Le Parisien

Hollande : le combat pour les droits des femmes est «permanent»

Peut mieux faire. C’est l’appréciation donnée ce samedi par François Hollande à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. «Chaque génération a son combat, mais il y a des combats permanents pour les femmes, il y a des lignes qui n’ont pas encore été franchies», a déclaré le chef de l’État lors d’une longue rencontre avec les femmes de quatre familles représentant trois générations, organisée au ministère des Droits des femmes

Notant une amélioration de la place des femmes dans l’exécutif, il a toutefois jugé que des progrès restaient à faire pour promouvoir leur place dans les ministères régaliens. «Il faut qu’aucun des ministères n’échappe à cet objectif de parité», a-t-il dit, au côté de la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.

Il s’est également préoccupé de l’orientation des jeunes filles dans le système éducatif. «Maintenir des systèmes d’orientation qui ne mettent pas les filles dans les filières d’avenir, c’est non seulement un coût à la personne», mais «un handicap de plus pour la France», «un gâchis considérable sur le plan économique», a jugé François Hollande.

Rappelant que le chômage touchait davantage les femmes que les hommes, il a également souligné que «les petites retraites sont souvent le lot des femmes», notamment les agricultrices qui ont souvent «beaucoup travaillé sans être toujours déclarées». Des systèmes de «rattrapage» doivent être mis en place, «nous aurons des résultats, même si c’est long», a-t-il ajouté. Il a également réaffirmé que la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale était «un enjeu de société».

Dans les progrès pour les droits des femmes, «rien n’est acquis, la lutte de plusieurs générations peut être à un moment mise en cause. Tout est fragile, vulnérable», a mis en garde le président de la République. Quant aux stéréotypes sexistes, ce sont «les plus difficiles à chasser», a-t-il noté, soulignant que, malheureusement, «la loi ne peut pas interdire la bêtise».

Le chef de l’Etat devait, après cette rencontre, déjeuner avec des femmes dirigeantes d’entreprises et assister en fin de journée à l’Élysée à la projection d’un film sur le rôle des femmes durant la Première Guerre mondiale intitulé : «Elles étaient en guerre».

 

Le Parisien

Journée de la Femme : les musées célèbrent la femme

A l’occasion de la journée de la femme, samedi 8 mars, plusieurs musées à Paris et en province organisent des journées spéciales.
Au musée du Quai Branly
, c’est l’artiste anglaise Nancy Cunard (1896-1965) qui est à l’honneur. Cette journaliste et poétesse a été très impliquée dans la cause féministe, dans la lutte contre la ségrégation raciale. D’autres grandes figures féminines des années 1930 seront aussi évoquées.

De tout temps, la femme a souvent été un objet d’inspiration. Venus de Milo ou Mona Lisa : le Louvre propose une visite sur la représentation de la femme dans les chefs-d’oeuvre.

Le Petit Palais met à l’honneur les plus grandes figures féminines à travers des ateliers et des visites guidées des collections permanentes : lors des ateliers, les participants sont invités à prendre une œuvre en modèle et de réaliser un portrait féminin au trois crayon (sanguine, pierre noire et craie blanche) alors que les visites permettent de découvrir un panorama de la représentation des femmes dans l’art.
La Maison de l’UNESCO : propose une expo en invitant 7 artistes à présenter leurs travaux en rapport avec l’égalité hommes/femmes ; sept femmes artistes, habitant l’Azerbaïdjan, le Bangladesh, le Bénin, la Bolivie, la Bulgarie, le Canada (Québec), la Russie et le Pérou.
Enfin à Paris, si la vie de Marie-Antoinette a encore des secrets pour vous ou que vous vous intéressez aux femmes au XVIII e siècle, le musée Carnavalet propose des visites autour de ces deux thèmes.
A Lyon : le Musée des Beaux Arts de Lyon propose des parcours thématique Femmes et visites commentées « Évocation de femmes »
Tour à tour modèle, muse, mécène, femme de pouvoir, artiste ou anonyme, découvrez treize figures de femmes emblématiques, de l’Antiquité à nos jours. Le Parcours femmes est gratuit et disponible à l’accueil du musée.
A Toulouse, le Musée des Augustins accueillera un spectacle de danse, décliné en trois temps directement inspirés du travail de la chorégraphe Nathalie Desmarest.

 

Huffingtonpost.fr

Les femmes et les « métiers d’hommes »: retour sur un siècle de « work in progress »

JOURNEE DE LA FEMME – Puisqu’il est question d’un centenaire, revenons cent ans en arrière. Le 8 mars 1914, l’archiduc François Ferdinand était encore en vie, l’Allemagne n’avait pas déclaré la guerre à la France et Verdun n’était qu’une ville parmi d’autres sur la carte. Le même jour néanmoins, des femmes manifestaient en Russie tandis que, de l’autre côté du Rhin, les suffragettes réclamaient le droit de vote qu’elles obtiendraient quatre ans plus tard à l’issue du premier conflit mondial.

Cette effervescence européenne un 8 mars 1914 pourrait étonner… À tort. car depuis qu’elle a vu le jour lors de la 2e conférence internationale des femmes socialistes, à Copenhague en août 1910, l’idée d’une journée internationale des femmes agite les milieux féministes ancrés à gauche. Avant-gardiste cette journée? Plutôt en accord avec cette époque, que l’on dira rétrospectivement belle. Car si dans l’imaginaire collectif, la Grande Guerre propulsa les femmes, obligées de remplacer les hommes partis au front, à l’usine, bref dans ces métiers d’hommes où les hommes n’étaient plus, l’idée relève davantage de l’image d’Épinal que de la réalité.

À cette image justement, s’en substituent d’autres. Ce sont des centaines de cartes postales datant du début du siècle exhumées par la chercheuse Juliette Rennes(EHESS). Avocates, cochères, doctoresse, factrice, gendarme et même… militaire, elles représentent des femmes exerçant ces métiers d’hommes dont elles avaient été jusque là tenues à l’écart. Une révolution (voir notre diaporama en fin d’article).

Mauvais genre

Comme la journée de la femme, « de nombreuses conquêtes féministes datent d’avant la guerre de 14 », rappelle la chercheuse, auteure de Femmes en métiers d’hommes : cartes postales : 1890-1920″ de Juliette Rennes (Bleu autour, éd.). La mise en scène des photographies, les légendes qui les accompagnent et les mots rédigés par les contemporains à leur dos en témoignent: à la Belle époque, la société porte un regard curieux, amusé, mais aussi mâtiné de peur sur ces nouvelles femmes.

Car travailler dans un métier d’homme c’est s’approprier, les caractéristiques de l’autre genre, mais aussi ses comportements, au moins dans la caricature. La femme qui exerce un métier d’homme fume, porte des pantalons ou encore boit un coup au bistrot lorsqu’elle est cochère. Lorsqu’elle est avocate, elle plaide, ce qui suscite la peur que les jugements soit faussés par ses atours tandis que pour les hommes qui exercent une profession libérale, ces nouvelles arrivantes sont autant de concurrentes dont ils se passeraient bien.

Des femmes dans des métiers d’hommes? À l’image du mariage pour tous ou des fantasmes sur la théorie du genre aujourd’hui, le débat fait alors rage, partout, tout le temps, à commencer par la Chambre des députés, l’équivalent de notre Assemblée nationale.

Exemple avec les avocates et celle qui pourraient être leur marraine, Jeanne Chauvin. En 1892, elle obtient son doctorat de droit et demande à prêter serment devant le Barreau de Paris en 1897. L’ordre des avocats refuse, les féministes se mobilisent, une partie du barreau se contre-mobilise jusqu’à ce qu’une proposition de loi autorisant les femmes à plaider soit finalement votée, ce sera la loi du 1er décembre 1900.

« À la Belle époque, l’inquiétude devant ces femmes qui exercent des métiers d’hommes est comparable aux craintes suscitées aujourd’hui par le mariage pour tous parce qu’ils remettent en cause une hiérarchie des genres et révèlent le caractère fragile de l’identité des sexes », résume Juliette Rennes. Des certitudes vacillent, des croyances fondamentales sont profondément remises en cause: plus de cent ans avant le mariage gay ou encore le bouillonnement provoqué par les rumeurs d’enseignement d’une hypothétique théorie du genre à l’école, en ce début du XXe, les situations se ressemblent, preuve que la question du genre et de l’emploi est toujours devant nous.

Y’a-t-il une pilote dans l’avion ?

« Le cockpit d’un avion n’est pas un endroit adapté pour une femme. Le fait d’être mère est le plus grand des honneurs pour une femme, pas d’être capitaine ». Griffonnés à la hâte sur une serviette de papier, ces quelques mots ne datent pas de 1914, ni même de 1974, mais bien de 2014. Leur auteur? Un client de la compagnie aérienne canadienne WestJet manifestement peu enthousiaste à l’idée que la cabine de pilotage soit occupée par une femme. Réponse de l’intéressée, sur sa page Facebook: « Cher David, merci pour la note que vous avez laissée discrètement sur votre siège. Je ne partage pas votre opinion selon laquelle le cockpit (que nous appelons maintenant cabine de pilotage puisqu’un pénis n’est plus nécessaire [jeu de mot avec « cock », NDLR]) n’est pas un endroit pour une femme. En fait, il n’existe plus d’endroits qui ne soient pas pour les femmes. »

La compagnie aérienne précisa quant à elle que le poste de commandant de bord est ouvert aux femmes depuis 1996. Au-delà du fait qu’il existe encore des personnes capables de ce type de préjugés quant aux capacités réelles ou supposées des femmes, cette anecdote raconte autre chose. Dans les avions, il y a des hôtesses, des stewards, mais une femme dans la cabine de pilotage relève davantage de l’exception que de la règle. Si, en France, seuls quelques rares métiers demeurent interdits aux femmes, comme sous-marinier ou encore certains métiers du bâtiments, la ségrégation professionnelle entre hommes et femmes demeure très forte.

Un chiffre en témoigne. Selon une étude de la Dares publiée fin 2013, pour aboutir à une répartition égalitaire des femmes et des hommes dans les différents métiers, il faudrait que la moitié des femmes (ou des hommes) changent de profession. La bonne nouvelle? Cet indice de ségrégation a diminué de 4 points entre 1983 et 2011.

Mais derrière cet indéniable surcroît d’égalité, une autre réalité se dessine. C’est celle d’une majorité de métiers à dominance masculine plutôt, c’est aussi celle de professions très fortement assignés à des genres. S’il y a moins de métiers d’hommes qu’avant, à l’inverse la féminisation de certains métiers demeure puissante. Parmi les 10 professions où les femmes sont les plus nombreuses (aides à domicile et ménagères, agents d’entretien, aides-soignant, infirmiers, sage-femmes…), il y a proportionnellement plus de femmes que d’hommes parmi les 10 métiers qui comptent le plus d’hommes (conducteurs, ouvriers qualifiés du bâtiment, techniciens, armée, police, pompiers…).

En trente ans, des métiers qui étaient mixtes se sont « masculinisés », notamment parmi les ouvriers non qualifiés de la manutention ou les agriculteurs. La raison, les conjointes des agriculteurs ne travaillent plus dans leur exploitation. Dans le même temps, d’autres métiers mixtes au cours des années 1980 se sont quant à eux féminisés. C’est le cas des professions de techniciens des services administratifs, comptables et financiers, mais aussi de la banque et des assurances. La seule profession féminine qui est devenue mixte va quant à elle vous étonner: il s’agit des employés ou des opérateurs… de l’informatique.

La répartition par genre demeure donc puissante, elle est aussi inégalitaire. La ségrégation est plus importante pour les jeunes, les parents de trois enfants ou plus, les personnes de nationalité étrangères, ou celles qui vivent en province par rapport à Paris et dépend aussi du diplôme.

C’est une constante depuis les années 1980, les hommes et les femmes les plus diplômés occupent de plus en plus les mêmes emplois. « La réussite scolaire des filles a permis une montée des qualifications et leur accès à des métiers autrement occupés essentiellement par des hommes », précise la Dares. Parmi les 5 métiers majoritairement « masculins » qui sont devenus mixtes au cours des trente dernières années, tous sont des emplois qualifiés: cadres administratifs comptables et financiers, cadres de la fonction publique, cadres des banques et des assurances, attachés commerciaux et représentants.

La science fait de la résistance

Ce qui ne veut pas dire qu’un diplôme garantie l’accès un métier moins ségrégé. La preuve par la science, où les femmes font encore cruellement défaut.

Au collège comme au lycée, les filles ont pourtant de meilleurs résultats que les garçons. Plus nombreuses à obtenir le brevet ou le bac général, elles sont en revanche moins nombreuses que les garçons à intégrer une 1re scientifique, alors qu’arrivées en classes préparatoires, ça se dégrade à nouveau. En termes de publications scientifiques signées par des femmes, la France fait tout de même mieux que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Chine ou encore l’Allemagne, mais moins bien que les pays d’Amérique du Sud ou de l’ex-bloc de l’Est où la règle est à la parité remarquait récemment la prestigieuse revue Nature.

Les raisons? Elles sont multiples. « C’est avant tout une question d’éducation même si, de manière générale, l’abstraction n’attire pas tellement les femmes », remarquePascale Vicat-Blanc, chercheuse, dirigeante d’une entreprise de recherche en informatique et lauréate 2013 du prix de l’innovation lnria – Académie des sciences – Dassault Systèmes.

« Beaucoup de jeunes femmes très fortes en sciences vont se diriger vers la médecine », continue-t-elle. Un comble selon la chercheuse, d’autant plus que « les femmes ont ce goût de la perfection et de l’efficacité qui fait parfois défaut aux hommes ». Problème, lorsqu’elles arrivent aux portes du monde de la recherche, les femmes s’interdiraient de franchir le pas. « En matière d’avancement et de recrutement, il y a quelque chose qui relève typiquement des femmes en termes de manque de confiance », a-t-elle remarqué.

Retour au genre donc. « Entre le début du XXè siècle et aujourd’hui, l’évolution est phénoménale d’un côté, tandis que d’un autre, les situations se ressemblent », résume Juliette Rennes.

« Aujourd’hui, les frontières entre métiers d’hommes et de femmes se sont recomposées et la vraie question est celle de l’ouverture des possibles ». C’est aussi celle des représentations sociales, « ceux qui dénonçaient récemment un prétendu enseignement de la théorie du genre l’ont bien senti, » remarque-t-elle.

« Les parcours sociaux, familiaux et professionnels des hommes et des femmes ne peuvent être la simple résultante de préférences individuelles, ils résultent aussi des systèmes de représentations figés, de clichés de ce qui fait traditionnellement le masculin et le féminin », affirmait opportunément un rapport récent du Commissariat général à la stratégie sur la lutte contre les stéréotypes filles-garçons remis à la ministre du Droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem.

Cette donnée, certains acteurs inattendus mais non moins importants, en sont particulièrement conscients. C’est par exemple le cas de la banque d’image Getty qui s’est récemment associée à la fondation Lean In, créée par la dirigeante de Facebook Sheryl Sandberg pour renouveler son stock d’images représentant des femmes.

Au travail, en famille, dans la vie de tous les jours, l’objectif de ces quelques 2.500 visuels qui seront utilisés par des journalistes, des publicitaires et des créatifs est clair: actualiser l’image des femmes, pour faire évoluer la mentalités de tous. Plus que jamais, la question des femmes et des « métiers d’hommes » est un work in progress.

Stanislas Kraland

 

lejournal.cnrs.fr

La philosophe Sandra Laugier fait le point sur les travaux scientifiques menés sur le genre au CNRS et sur leurs enjeux.

Oui, le CNRS soutient la recherche sur le genre : depuis longtemps à travers la Mission pour la place des femmes et des programmes dans ses laboratoires, plus récemment avec l’ouverture de postes de chercheur(e)s affichés « genre », avec la création du Groupement d’intérêt scientifique Institut du genre et le lancement par la Mission interdisciplinarité du Défi Genre. Ailleurs, le domaine du genre est affiché dans de nombreux ­programmes de ­recherche internationaux, dans le programme européen Horizon 2020, et dans celui de la National Science Foundation (NSF) aux USA.

Comment est-ce possible ? Le genre serait, à entendre diverses critiques, une « théorie », qui nie la différence des sexes et tente de s’imposer dans les programmes scolaires avec un agenda idéologique sulfureux. Or s’il n’existe pas UNE « théorie du genre », de nombreux travaux scientifiques, en théorisant le genre, s’attachent à montrer le caractère social des représentations du masculin et du féminin et les rapports de pouvoir qui produisent les inégalités entre les sexes.

 

Une mise en cause du savoir

Alors pourquoi cette campagne ­dénonçant la « théorie du genre », qui a même conduit le gouvernement à reculer sur des projets de réforme urgents ? Remarquons que qualifier un savoir de « théorie », avec une tonalité dévalorisante (alors que toute science propose des théories !) est une stratégie éprouvée de l’obscurantisme militant. Les créationnistes aux États-Unis qualifient la science de l’évolution de « théorie » pour tenter d’empêcher ce savoir impie de se répandre dans les écoles. Un épisode souvent cité par les épistémologues est celui du jugement de la Cour fédérale, en 2002, condamnant un lycée d’Atlanta dont la direction avait, sous la pression de certains parents, fait apposer sur les manuels de biologie des élèves un ­sticker : « L’évolution est une théorie, pas une certitude » – « une théorie de l’origine des êtres vivants qui doit être approchée avec prudence et esprit critique. »

 

Les études ont pointé l’erreur à ne pas tenir compte de la ­variable“genre” dans les recherches.

Jeter le doute sur des connaissances ­acquises : c’est la méthode de ceux qui qualifient de pure « théorie » ce qui relève des faits et veulent nier l’évidence. Que nous apprend la science de l’évolution, sinon que l’humain fait partie des animaux et n’a pas de privilège au sein de la nature, sinon la place qu’il s’est faite ? Que nous apprend la science du genre, sinon que la différence des sexes, une différence parmi tant d’autres, ne devrait pas faire de différence dans le destin social des individus, et que pourtant elle entraîne partout des inégalités ?

On voit où se situe l’enjeu, qui est double, des attaques contre les études sur le genre. En premier lieu, il est d’ordre scientifique. L’objectif du réactionnaire antigenre est de faire croire que les études sur le genre ne sont pas de la science mais « une théorie ». Or la prise en compte du genre est avant tout une ­affaire scientifique, articulant « DES théories » et des faits (c’est ainsi que fonctionne la science, par des ensembles explicatifs fondés dans la preuve). D’abord développées par les sciences humaines et socia­les, les études ont pointé l’erreur à ne pas tenir compte de la ­variable « genre » dans les recherches. Elles ont montré, par exemple, que le travail ne se réduit pas à sa dimension profes­sionnelle ou productive, mais inclut le travail domestique, que les « droits de l’homme » n’incluent pas les femmes, etc. La ­méthode vaut pour les autres sciences : sous-­évaluation et traitements inadaptés des maladies cardiaques chez les femmes ou, à l’inverse, de l’ostéoporose chez les hommes. Les études sur le genre ont ainsi mis en évidence la prédominance du point de vue androcentré, qui, en s’ignorant comme tel, généralise à partir du cas particulier masculin.

 

Une question très politique

En second lieu, les recherches sur le genre, d’abord scientifiques, posent des questions politiques : elles font voir une réalité désagréable, celles d’inégalités injustifiables dans un ensemble de ­citoyens en principe égaux. C’est la cause profonde des attaques actuelles contre le genre. Ces recherches, et les faits qu’elles établissent, questionnent l’organisation traditionnelle de la famille, la domination masculine et l’hétéronormativité, les inégalités liées au sexe qui traversent notre société.

Le CNRS est l’acteur de la recherche et de l’enseignement supérieur le plus ­anciennement et fortement engagé en faveur des recherches sur le genre. Il les soutient en prenant en compte les enjeux de la recherche et de l’égalité comme inséparables. Les questions scientifiques sont des questions sociales. Développer la recherche sur le genre, c’est lutter pour la reconnaissance des inégalités et contre leurs causes, et aussi contre des préjugés qui attaquent la science elle-même. C’est l’engagement du CNRS, et le thème de la journée du 10 mars 2014 qui, sous la bannière des Nouvelles sciences du genre, réunira au CNRS des chercheur(e)s de toutes disciplines.