Nous sommes heureux·ses de vous annoncer la parution ce 25 août dernier, de l’ ouvrage de Pascale Mormiche, Les Femmes en sciences. Du XVIe au XVIIIe siècle : contraintes sociales, savoir et stratégies, chez Ellipses.
J’ai travaillé sur ce livre depuis un certain temps: En 2010, j’avais fait partie du comité scientifique pour l’exposition Sciences et curiosités à Versailles avec le château de Versailles.
Puis j’ai enseigné le cours d’agrégation en 2017 sur le sujet général « Sciences et Techniques » à l’époque moderne. À l’époque, j’avais proposé 4 heures de cours à mes étudiants sur les femmes et les sciences. Cela n’évoquait pas grand chose pour eux. Mais j’ai continué au fil de mes recherches à tirer la pelote autour de cette idée. Et ce que je trouvais m’a impressionné.
Bien sûr, je connaissais les travaux sur les Artistes femmes de Séverine Sofio, ceux d’Éliane Viennot sur l’invisibilisation des femmes, l’ouvrage de Jennifer Tamas Au Non des femmes qui analyse la réécriture des contes de fées… Et j’en ai conclu qu’il n’y avait pas vraiment de synthèse sur la relation des femmes avec les sciences à l’époque moderne, en dehors de la figure emblématique d’Émilie du Châtelet (Élisabeth Badinter) qui cache toutes les autres.
J’ai conçu de livre de façon à répondre à la question : pourquoi le savant serait-il un homme? Comment s’est construite cette image du savant éminent ? Qui trouve-t-on dans l’entourage d’un grand savant homme ?
Ce livre est d’abord construit pour requalifier l’image caricaturale de la femme savante de Molière et les « ouvrages de sciences pour les femmes »… Il s’agit de redonner sa juste place à toutes les mécènes, femmes de cour, princesses qui se sont intéressées à des aspects scientifiques différents, qui ont constitué des cabinets de curiosité de grande renommée, qui ont soutenu des savants, qui ont correspondu (ce qui suppose une reconnaissance égalitaire avec le savant). Et il y en a beaucoup.
Ensuite, j’ai cherché les moyens par lesquelles les femmes parvenaient à effectuer des activités de recherche en science: elles sont épouse d’astronomes, amie de botanistes, dessinatrice de planches… Certains sont reconnues par leurs pairs, beaucoup ne parviennent pas à faire reconnaitre leurs droits ni leur période d’activité pourtant avérées; ce qui conduit souvent à une invisibilisation des femmes dans leur travail et leur espace de production.
Ensuite, ces femmes font des choix, le couvent (pour continuer à travailler), le mariage, l’écriture mais le plus souvent sous couvert d’anonymat, la publication sous nom d’hommes. Beaucoup ont été traductrices d’ouvrages de science étrangers dans des langues que les hommes ne possédaient pas, certaines ont juste marqué leur temps par des annotations en bas de page qui en disent long. C’est ainsi qu’elles ont construit une légitimité savante qu’il convenait de faire apparaître.
J’ai essayé de trouver pour chaque « science » un exemple de femmes pour illustrer ces stratégies pour lutter contre l’ordre savant de l’époque moderne.
Puis je me suis demandée si les femmes avaient une méthode différente des hommes d’aborder les sciences, et j’ai trouvé que beaucoup ont du se conformer à la méthode masculine. Cependant, un certain nombre de savants leur faisaient parfaitement confiance dans leur pratique de laboratoire.
En dernier lieu, je me suis demandé si elles avaient participé à la création de sciences pour les femmes: l’obstétrique, la comptabilité d’un domaine seigneurial…
Et finalement il y avait beaucoup à dire !
Présentation de l’ouvrage :
L’utilisation du mot épicène « scientifiques » masque le fait que les savants peuvent être des savantes. À partir du moment où l’on s’interroge sur la place des femmes dans les sciences aux XVIIe et XVIIIe siècles, le regard se détourne des institutions traditionnellement masculines, telles que les universités et les Académies, pour se porter vers d’autres espaces de production et de circulation du savoir : observatoires, laboratoires, cabinets de curiosités, jardins botaniques, châteaux. C’est là que se révèlent les femmes de sciences.
Cet ouvrage explore la possibilité pour une femme formée en dehors du cadre universitaire, le plus souvent au couvent ou par un précepteur, de devenir une actrice à part entière de la production scientifique. Il questionne également les relations qu’entretiennent ces femmes avec les savants masculins — époux, frères ou pères — dans le cadre de pratiques de collaboration. Dans le laboratoire comme dans l’atelier domestique, la femme observe, expérimente, consigne, cultive, entretient, illustre, mesure, traduit, met au propre les cahiers d’expériences. Le savant, conscient de la contribution indispensable de celle-ci, lui accorde sa confiance pour ses compétences intellectuelles, sa rigueur méthodologique et la qualité de ses observations.
Le lecteur est ainsi convié à entrer dans les coulisses de la fabrication du savoir scientifique aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il y croisera des marquises éprises d’astronomie, des reines protectrices d’anatomistes et passionnées de l’art obstétrical, des découvreuses d’étoiles et de satellites, depuis la France jusqu’à l’Italie et la Pologne. Il prendra également la mesure des obstacles rencontrés par ces femmes : difficultés d’accès à la publication, anonymat imposé ou choisi, effacement de leurs contributions, exclusion des postes institutionnels. Mais le lecteur va également discerner des femmes qui agissent, qui participent à des expéditions de découvertes, qui, grâce à leur fortune, créent des laboratoires, enseignent à d’autres dans leur château et y expérimentent plantes et remèdes. Une question émerge alors : la science aurait-elle été différente si les femmes y avaient pleinement pris part ? Une certitude s’impose : la science est beaucoup plus riche avec les femmes.
Informations :
Pascale Mormiche est agrégée de l’Université et docteure en histoire moderne. Elle appartient au laboratoire DYPAC de l’Université de Versailles-Saint-Quentin (UVSQ). Spécialiste de l’éducation des princes, des princesses et des élites, elle a publié : Devenir Prince, l’école du pouvoir en France (XVIIe-XVIIIe siècles), CNRS éditions (2009-réed. 2015) ; Naissance et petite enfance à la cour de France, codirigé avec Stanis Perez, éditions du Septentrion, (2016) et Le petit Louis XV, Enfance d’un prince, genèse d’un roi (1704-1725), Champ Vallon (2018) ; Donner vie au royaume, Grossesses et maternité à la cour, CNRS éditions (2022). Elle a participé à l’exposition sur le Grand dauphin au château de Versailles (octobre 2025-février 2026). Un ouvrage autour de Mesdames, les filles de Louis XV, sur Mme de Narbonne est en cours de rédaction. Pascale Mormiche poursuit ses recherches sur l’histoire de l’éducation, l’histoire des disciplines scolaires, les Maisons des Enfants de France, les grossesses, le personnel féminin et masculin à la cour de France.
Retrouvez plus d’informations sur le site de l’éditeur : Pascale Mormiche, Les Femmes en sciences. Du XVIe au XVIIIe siècle : contraintes sociales, savoir et stratégies, Paris, Ellipses, 2026.




Rendez-vous de l'Histoire de Blois