Articles
Le prochain colloque du Réseau universitaire de chercheurs en Histoire environnementale (RUCHE) se tiendra du 10 au 12 juin 2026 à Aix-en-Provence, sur le thème Genre et Environnement.
Résumé
En croisant histoire du genre et histoire de l’environnement, l’objectif de ce colloque est double. Il s’agit d’une part de donner un écho à des approches qui sont restées relativement marginales en France alors qu’elles sont débattues depuis plusieurs décennies ailleurs, notamment dans le monde anglophone. Il s’agit d’autre part et dans le même temps de passer ces approches au crible de l’empirie, en les confrontant à des études de cas, de l’Antiquité à nos jours, alors que la période contemporaine domine dans l’historiographie des relations entre genre et environnement.
Modalités pratiques
Les propositions de communication (titre, résumé de 2000 signes maximum, court CV) devront être envoyées à genre.environnement@gmail.com avant le 15 décembre 2025. Une réponse sera donnée avant le 15 février 2026. Les langues du colloque seront le français et l’anglais. Les propositions de jeunes chercheur·e·s sont particulièrement bienvenues. Les frais de mission seront ajustés en fonction du budget.
Comité d’organisation
Anne Montenach (Aix-Marseille Université, TELEMMe)
Céline Pessis (Univ. Paris-Saclay, SADAPT)
Violette Pouillard (CNRS, IRHiS)
Organisé par le RUCHE, l’UMR 7303 TELEMMe – Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, Aix-Marseille Université – CNRS, l’IRHiS – Institut de recherches historiques du Septentrion – Université de Lille (UMR 8529) et SADAPT – Science pour l’action et le développement ; activités, produits, territoires – INRAE/AgroParisTech/Université Paris-Saclay (UMR 1048) ; avec le soutien du CHEDD – Comité d’histoire de l’environnement et du développement durable et de Mnémosyne – association pour le développement de l’histoire des femmes et du genre.
Appel à communication
Appel à communication (au format .pdf) : AAC_CfP_Gender_Environment
À retrouver sur Calenda : Calenda – Genre et environnement
Louise Francezon, L’espionne de la Seconde Guerre mondiale. Pratiques et représentations d’une « masculinisation » de la femme, Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection Mnémosyne, 2024, EAN : 9782753595538
Avec une préface d’Elissa Mailänder
Dans une volonté de « mettre le feu à l’Europe », les services secrets ouvrent leurs rangs aux femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Loin du modèle de l’espionne courtisane et séductrice, ces femmes suivent un entraînement martial rigoureux et effectuent des missions de surveillance dans un cadre clandestin. En s’engageant au plus près des affrontements, ces agentes déstabilisent les frontières du genre, suscitant tour à tour inquiétudes et fantasmes.
Ces femmes qui s’affranchissent des attendus de la fémininité constituent une occasion privilégiée d’observer les reconfigurations de genre dans les mondes militaires. Cet ouvrage s’attache à relire l’histoire des espionnes au prisme du masculin pour comprendre les interactions, les résistances ou les réassignations de genre qui se jouent dans leur quotidien et leurs représentations. En confrontant « égo-documents », sources administratives et productions culturelles, cet ouvrage s’intéresse donc aux pratiques et aux discours qui fabriquent une figure, celle de la virago, pour écrire une nouvelle histoire des masculinités féminines.
Louise Francezon a soutenu son mémoire de master 2 à Sciences-Po Paris en 2021, sous la direction d’Elissa Mailänder. L’ouvrage a remporté le prix de l’Association Mnémosyne pour le développement de l’histoire des femmes et du genre, décerné à l’occasion de l’assemblée générale en janvier 2023.
L’ouvrage est disponible aux Presses Universitaires de Rennes
Clélia Lacam, Le Bleu et le Noir. Jeux de pouvoirs dans une mission catholique féminine (Gabon, 1911-1955), Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection Mnémosyne, 2023, EAN : 9782753589810
Avec une préface d’Anne Hugon.
Bleu et noir, telles sont les couleurs des costumes des religieuses au Gabon à l’époque de la domination française. Toutefois, ces deux teintes obéissent à un clair partage : aux Soeurs bleues missionnaires appartient la couleur mariale, quand les religieuses gabonaises se voient imposer voile et pèlerine ébène, signe manifeste de ségrégation coloniale. Entre 1911 et 1955, la mission féminine en terre gabonaise s’inscrit dans l’entrelacement des rapports de pouvoirs genrés et impérialistes. Si l’hégémonie masculine des prêtres spiritains pèse sur l’ensemble des religieuses, les Gabonaises se révèlent subordonnées de surcroît au maternalisme exigeant des Françaises. Explorer l’histoire enchâssée de ces religieuses africaines et européennes, c’est interroger les mécanismes de subalternité à l’oeuvre dans l’apostolat, mais aussi les tentatives de transgression. Quelles stratégies les Soeurs bleues ont-elles déployées et avec quel succès pour s’affranchir de l’autorité spiritaine ? N’ont-elles pas, ce faisant, ouvert le pas aux velléités d’insoumission de leurs « filles » gabonaises ? Confrontant archives missionnaires, « propagande » religieuse imprimée et corpus iconographique, croisant perspectives transnationales et microhistoire, cet ouvrage retrace la délicate quête d’émancipation de deux congrégations féminines au coeur de l’Afrique équatoriale.
Episode
Mésopotamiennes !
Bonjour chères auditrices et auditeurs. Notre podcast Du genre dans l’histoire est de retour, toujours au studio La Poudre de la Cité Audacieuse à Paris, que nous remercions encore de nous donner l’hospitalité, pour le premier épisode de la saison 4. A mes côté une nouvelle recrue de Mnémosyne, Lucie Jardot, historienne, médiéviste, spécialiste du couple princier, mais également enseignante dans le secondaire. Elle sera ma partenaire pour cette saison 4 !
Pour ce premier épisode de la saison 4, nous avons décidé de revenir aux premiers temps de l’histoire, dans les premiers millénaires de l’Antiquité, dans une région que les jeunes collégiens étudient en 6ème, mais que la plupart des adultes ont du mal à situer : la Mésopotamie ! Nous allons nous demander à l’aide de deux spécialistes assyriologues, Brigitte Lion et Cécile Michel, quelle place occupaient les femmes dans cet espace et comment s’organisaient les rapports de genre dans la société mésopotamienne. Dans la deuxième partie de cet épisode, nous donnerons aux enseignant.es des pistes pour mettre en œuvre une histoire mixte de la Mésopotamie dans leurs cours de 6ème.
Partie scientifique :
- 00:01:25 Présentation des invitées
- 00:01:49 La Mésopotamie : un espace, des langues
- 00:03:11 Des repères temporels. Des sources (tablettes, écriture cunéiforme)
- 00:04:14 Une société, des sociétés
- 00:05:23 L’organisation politique et sociale de ces sociétés
- 00:07:49 Les sources pour étudier les femmes et les rapports de genre dans ces sociétés. Les difficultés.
- 00:11:18 La place des femmes dans les textes juridiques mésopotamiens
- 00:15:48 Pouvoir politique au féminin
- 00:20:33 Dieux, déesses, cultes et rituels
00:26:24 Texte 1: Lecture : extrait du texte de Enheduanna proposé par Lucie dans la partie pédagogique.
- 00:26:59 Le fonctionnement de la famille mésopotamienne et la place des femmes dans le mariage.
00:36:17 Texte 2 : Lecture de texte : fille adoptée comme fils (Droit)
Sumer 32 n° 2 :
« Uthap-Tae fils de Taya fait son testament (ṭuppi šimti) en faveur de sa fille Šilwa-Turi. Il déclare ceci : « Ma fille, Šilwa-Turi, je l’ai adoptée comme fils (a-na ma-ru-ti DÙ-uš, l. 6). Tous mes champs, mes maisons, mes équipements, mes propriétés, mon petit bétail et l’ensemble de ce qui est à moi, dans le district d’Alta, dans la ville d’Anzukalli, dans la ville d’Unzuru, dans le district de Tarkurrampe et dans la ville de Matiha, cela, autant qu’il est inscrit (sur cette tablette), tout (cela), dans la ville et dans les diverses villes, grand et petit, …, toute ma part d’héritage, dans la ville et dans les diverses villes, (qui me vient) de Taya mon père, je l’ai donné à Šilwa-Turi, ma fille, que j’ai adoptée comme fils (ša ma-ru-ta DÙ-uš, l. 17) ».
- 00:36:17 Femmes et vie économique : production, commerce, argent, héritage, propriété, crédit.
00:42:40 Extrait : Extrait sonore du film de Cécile Michel avec lecture d’un extrait de correspondance, la Lettre de Lamassī à son époux Pūšu-kēn (00:29:38:05 du film)
« Pourquoi m’écris-tu à chaque fois que les étoffes que je t’envoie ne sont pas bonnes ? Qui vit dans ta maison et déprécie mes étoffes lorsqu’elles arrivent ? Pourtant, je fais de mon mieux pour fabriquer et t’envoyer régulièrement des étoffes afin qu’à chaque voyage, en retour, je dispose d’au moins 10 sicles d’argent pour gérer ta maison. »
« Quant aux étoffes à propos desquelles tu m’as écrit ceci : “ Elles sont trop petites et de mauvaise qualité ! ”, n’était-ce pas selon ta propre requête que j’ai réduit leur taille ? Et aujourd’hui, tu m’écris à nouveau pour me dire : “ Ajoute dans chacune de tes étoffes ½ livre de laine. ” Je l’ai donc ajoutée ! »
https://images.cnrs.fr/video/7315
- 00:43:41 Déplacement des femmes marchandes
- 00:49:37 Accès des femmes à l’écriture et à la comptabilité. Scribes et sceaux
- 00:56:30 Éducation des filles et des garçons
- 01:00:29 Sociabilité et loisirs des Mésopotamiennes
- 01:05:18 Conclusion : comment caractériser le régime de genre mésopotamien ?
01:09:26 Partie pédagogique
- Présentation de la place de la Mésopotamie dans les programmes scolaires, et historique.
- Mise en œuvre préconisée par la fiche Eduscol :
- Les objectifs du chapitre :
- Propositions pédagogiques.
- trois pistes d’adaptation pédagogiques
- 01:12:42: Première piste: intégrer des documents ponctuels.
- 01:16:15 Focus : la cité de Mari (palais, organisation de la cité)
- Dans le cadre de l’étude de la cité de Mari, une des reconstitutions de la cité figure la seconde maison du roi qui correspond à la maison des reines et des femmes.
01:19:25 Texte 3 : lettre de Mari : choisir des chanteuses/tisseuses
ARM 10, 1978 (n°126); LAPO 18, 2000, p. 349-351 (n°1166) :
« Dis à Šibtu : ainsi (parle) ton Seigneur.
Voilà que je t’ai envoyé des (femmes qui doivent devenir) tisseuses. Parmi elles, il y a des prêtresses. Identifie les prêtresses et remets-les à la maison des tisseuses.
Dans ces tisseuses-ci et ces tisseuses-là, parmi elles, choisis 30 tisseuses ou tout ce qu’il y a à choisir, belles, qui n’aient pas le moindre défaut depuis l’ongle jusqu’aux cheveux, et remets-(les) à Warad-ilišu, pour que Warad-ilišu leur enseigne l’orchestre soubaréen.
Et (il faudra) que leurs appartements soient installés en un lieu différent. Veille bien à leurs rations alimentaires (pour) que leur apparence ne s’altère pas.
Et lorsque tu choisiras les tisseuses, que Warad-ilišu soit présent !
Et donne des instructions à Mukannišum (afin que) l’apparence du reste des tisseuses que tu lui confieras ne s’altère pas. »
Traduit par Jean-Marie Durand, Documents épistolaires du palais de Mari, tome III, Littératures anciennes du Proche-Orient, vol. 18, Paris, Edition du Cerf, 2000, p. 349-351, texte n°1166.
01:20:53 Piste 2 : Suivre le parcours d’une femme scribe ou capable d’écrire
Exemple d’un un ouvrage états-unien réalisé à l’occasion d’une exposition de 2016 à l’ISAC Museum de Chicago, intitulée « Back to School in Babylonia » réalisé par Jane Gordon, Madeline Ouimet, Susanne Paulus et Sarah Ware propose de suivre la formation de scribe de la jeune Inanaka à Nippur. L’écriture, le code d’Hammurabi, les sceaux, les croyances sont présentées à travers le récit de son quotidien. Si Inanaka est un personnage de fiction, les auteures précisent qu’elles se sont fondées sur des tablettes retrouvées à Nippur.
- 01:24:48: Troisième piste: l’étude de cas de Enheduanna, une poétesse
- Elle trouve sa place dans page entière du manuel du Livre Scolaire, manuel de Sixième. Cette princesse elle est la fille du roi Sargon, fondateur de l’empire d’Akkad en Mésopotamie. Elle est la plus ancienne écrivaine dont le nom et une partie des écrits nous sont parvenus.
La mise en perspective de cette poétesse, de son rôle et de sa place prééminente au sein de la société peut être utilisée à la fin du chapitre comme une étude de cas conclusive, qui vient faire la synthèse de ce que les élèves ont vu sur la société et l’écriture en Mésopotamie.
1 : 29 : Point actualité des changements de programme actuellement soumis à des concertations: « La Mésopotamie et le Proche-Orient : des Hommes, des États, des dieux (IVe-Ier millénaire av. J.-C.) ». L’objectif est toujours d’étudier les premières cités-États en Mésopotamie notamment à partir de l’exemple d’Ur ou d’Uruk au IIIe millénaire afin d’expliquer le rôle de l’écriture dans l’affirmation d’une cité-État mais il s’agit également de décrire les pouvoirs d’un roi néo-assyrien ou néo-babylonien comme Nabuchodonosor II, et de montrer aux élèves la naissance du judaïsme. L’ambition du thème est vaste, mais l’étude politique de la figure royale ne manque pas de rappeler qu’il convient d’ajouter un propos sur les reines, les princesses, et plus largement les femmes en Mésopotamie.
Merci !
Crédits
- Cet épisode est produit par l’association Mnémosyne. Il a été préparé et présenté par Cécile Beghin et Lucie Jardot. Au montage, Gabriel Dupuis, à la lecture des textes, Lucie Jardot et Cécile Beghin.
- Merci à la Cité Audacieuse et à la Fondation des femmes qui mettent à notre disposition leur Studio- la Poudre, pour nos enregistrements !
Bibliographie
Cécile Michel, Quand les femmes écrivaient l’histoire. Entre la Mésopotamie et l’Anatolie il y a 4000 ans, Seuil, Paris, 2026.
Cécile Michel. « Cuneiform Manuscript Culture and Gender Studies » in Grossmann, Eike. Female Agency in Manuscript Cultures , De Gruyter, 2024, p.103-128.
Brigitte Lion, Cécile Michel, « Une société pas si figée !», l’Histoire, n°99-2023/2, pages 58-64.
Brigitte Lion, Cécile Michel. « Femmes d’affaires dans la Mésopotamie du II e millénaire avant J.-C. », Égypte, Afrique & Orient, 2022, printemps 2022.
Cécile Michel, « Archéologie : à la rencontre des premières femmes d’affaires en Mésopotamie », The Conversation, 28 septembre 2021 –> nombreux extraits de textes issus de la correspondance.
Brigitte Lion and Cécile Michel (Eds.), The Role of Women in Work and Society in the Ancient Near East, Walter de Gruyter, Berlin, 2016.
Brigitte Lion, « Prophètes et prophétesses en Mésopotamie » in Femmes médiatrices et ambivalentes, Mythes et imaginaires, sous la direction de Anna Caiozzo et nathalie Ernoult, Armand Colin 2012, p. 147-167
Brigitte Lion, « Sexe et genre. Des filles devenant fils dans les contrats de Nuzi et d’Emar », Topoi. Orient-Occident. Supplément 10, 2009. Femmes, cultures et sociétés dans les civilisations méditerranéennes et proche-orientales de l’Antiquité.
Michel Cécile, « Femmes et ancêtres. Le cas des femmes d’Aššur. » Topoi. Orient-Occident, Supplément 10, 2009, Femmes, cultures et sociétés dans les civilisations méditerranéennes et proche-orientales de l’Antiquité.
Brigitte Lion, Cécile Michel, « Femmes au foyer et femmes en voyage.
Le cas des épouses des marchands assyriens au début du IIe millénaire av. J.-C », Clio, Histoire, femmes, sociétés, 28-2008, Voyageuses, pages 17 à 38.
Jane Gordon et Susan Paulus, The Adventures of Inanaka and Tuni Learning to Write in Ancient Babylonia, University of Chicago, 2023, http://isac.uchicago.edu/
Manuel de 6ème histoire, Le Livre scolaire, Programme 2015, réed.2020 (en ligne)
Ainsi parle Taram-Kubi-Correspondances assyriennes, documentaire réalisé par Cécile Michel et VanessaTubiana-Brun
https://images.cnrs.fr/video/7315
Documents supplémentaires
Mésopotamie , l’invention du passé
Marie D’agostino, d’après la carte de l’expo du Louvre-Lens
© FNSP. Sciences Po – Atelier de cartographie, 2016
http://louvrepourtous.fr/Mesopotamie-l-invention-du-passe,814.html
Diatope de la naissance des villes en Mésopotamie, avec l’exemple de Mari (Les civilisations en carte. La Vie/Le Monde)
https://www.legendes-cartographie.com/nos-cartes/histoire
Le sceau Adda, British Museum collection, BM89115 (Wikipedia Commons)
Femme debout, statuette votive sumérienne (ca. 2600–2500 BCE)
Issue du temple d’Innana à Nippur
https://www.metmuseum.org/art/collection/search/329080
Genre, féminisme et décolonisation dans l’Afrique coloniale française
Si vous êtes attentives et attentifs à l’actualité, vous aurez remarqué que bien que les décolonisations africaines se soient achevées il y a plus de 60 ans, les débats liés à la colonisation française, à ses modalités et à ses conséquences, sont loin d’avoir disparu de l’espace public : ils sont porteurs d’enjeux à la fois politiques, scientifiques et mémoriaux qui touchent l’ensemble de la société française comme les sociétés des anciennes colonies et suscitent de multiples tensions.
A l’échelle internationale, les travaux scientifiques inscrits dans le champ historiographique de l’histoire des sociétés africaines et de la colonisation, dont la forme la plus récentes est celle des études coloniales et de la nouvelle histoire impériale, alimentent également de nombreux débats. Bien qu’elle ait longtemps été racontée au masculin, la colonisation ne fut pas seulement une affaire d’hommes : l’histoire des femmes et du genre s’est emparée de ce champ de recherche depuis une trentaine d’années et a permis de mettre en lumière la dimension genrée de la colonisation et des mouvements de décolonisation.
Parmi les spécialistes du genre de la colonisation et de la décolonisation, notre invitée, Pascale Barthélémy, vient de faire paraître un ouvrage, Sororité et colonialisme, Françaises et Africaines au temps de la guerre froide (1944 – 1962), dans lequel elle explore les mobilisations et les formes d’action collective des femmes africaines à l’échelle internationale, dans un contexte de guerre froide et de marche vers la décolonisation. Elle nous expliquera comment, dans la période qui suit la seconde guerre mondiale, les revendications féministes s’articulent à la contestation de la domination coloniale et masculine, et ce jusqu’aux indépendances des colonies françaises en 1960.
Bibliographie :
[à venir]
Générique : Warm Sunset par Romarecord1973, disponible sur Pixabay
Un podcast produit par l’Association Mnémosyne avec Cécile Béghin.
Julie Beauzac [Vénus s’épilait-elle la chatte] et Clémentine Letellier à la technique.
Clémentine Letellier à la lecture des textes.
Enregistré au sein du Studio La Poudre de la Cité Audacieuse.
Violences sexuelles en temps de guerre
[Trigger Warning]
Cet épisode aborde des thématiques sensibles. Certains témoignages et descriptions peuvent être bouleversants. Nous vous invitons à ne pas écouter cet épisode si vous n’êtes pas à l’aise avec le sujet, ou à vous assurer d’être dans de bonnes conditions pour lancer l’épisode. Si vous vous sentez en détresse, n’hésitez pas à faire une pause ou à demander du soutien auprès de professionnels ou de personnes de confiance. Prenez soin de vous.
Nous vous avions promis lors de notre épisode sur « le genre de la guerre », un épisode centré sur les violences subies par les femmes en temps de guerre. En effet, il nous avait semblé nécessaire de consacrer du temps à cette thématique, d’abord parce qu’il s’agit d’un champ de recherche en plein développement, né des luttes féministes et de leur attention à la vulnérabilité des corps féminins dans les sociétés patriarcales, qui accompagne le développement des champs de recherche sur le corps, les sexualités, les émotions, et qui permet une véritable relecture genrée des conflits de toutes les époques; mais aussi parce que les historien.nes,les anthropologues, les chercheurs et chercheuses en sciences politiques, réfléchissent pour comprendre de quoi ces violences genrées sont le nom.
Ainsi dans son introduction du recueil d’articles « le corps en lambeaux » paru en 2016, l’anthropologue Véronique Nahoum-Grappe, spécialiste des violences extrêmes en temps de guerre, évoque la dimension politique du thème des violences sexuelles et sexuées contre les femmes, victimes « du double stigmate culturel qui pose leur infériorité dans tous les domaines et qui enferme leur identité dans le champ de la sexualité […] Cela fait d’elles les victimes plausibles de la violence des dominants sur leurs corps ».
Effectivement, si le corps des femmes est l’objet d’une violence sexuée et sexuelle quotidienne, dans l’espace intime comme dans l’espace publique, la guerre apparaît comme un évènement dramatique qui décuple le danger. Quelles formes a pu prendre cette violence de guerre dans les conflits du passé et dans les guerres du XXème siècle ? Quelles traces nos sources en gardent-elles ? Quelles justifications ont pu être données par les militaires, leurs supérieurs ou les commentateurs de ces conflits, aux violences exercées contre le corps des femmes civiles ? Ces violences sont-elles envisagées dans les premières versions d’un droit de la guerre ? En quoi le viol utilisé contre les femmes en temps de guerre peut-il prendre une signification plus politique que celui du défoulement des soldats ? Enfin les violences de guerre sont toujours une réalité dans de très nombreux conflits contemporains, sans que le droit international ne parvienne à y mettre fin. Quel rôle peut jouer le droit international dans les situations de violence actuelles ? Donner une profondeur historique à ce phénomène, comme nous allons le faire ensemble aujourd’hui, peut-il nous aider à mieux le comprendre et lutter pour l’éradiquer ?
Parler de violences sexuelles en contexte de guerre, c’est à la fois évoquer une violence genrée, infligée par les hommes, subie par les femmes; c’est aussi questionner les dispositifs de cette violence, ses motivations, les stratégies qu’elle implique, ses conséquences sur les populations qui en sont victimes ; c’est enfin envisager les possibilités de la dénoncer, de la juger et d’y mettre fin.
Pour évoquer ce sujet nous accueillons deux historiens. Tout d’abord, Jean-Baptiste Bonnard est un historien antiquiste, enseignant chercheur à ll’Université de Caen Normandie, chercheur dans les laboratoire Anima (Anthropologie et Histoire des mondes antiques) et Histémé (Histoire, Territoire et Mémoire), membre de l’association Mnémosyne et du comité de rédaction de Genre & Histoire, spécialiste d’abord de la famille, puis de l’histoire des femmes, du corps, et par extension des violences de guerre.
Ensuite, Fabrice Virgili est un historien membre du Sirice, spécialiste de la guerre étudiée au prisme du genre, à l’époque contemporaine.
Bibliographie :
- Branche Raphaëlle, Fabrice VIRGILI (dir.), Viols en temps de guerre, Paris, Payot, 2011.
- Israel Liora, L’arme du droit, les presses de Sciences po, 2020
- Ripa Yannick « Armées d’hommes contre femmes désarmées : de la dimension sexuée de la violence dans la guerre civile espagnole », dans De la violence et des femmes, Paris, Albin Michel, coll. Agora, 1997
- Roberts Mary Louise, What soldiers Do. Sex and american GI in world war II in France, Chicago press university, 2013.
Revues
- Bonnard Jean-Baptiste, «Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’Antiquité : introduction au dossier thématique» in Kentron, Revue pluridisciplinaire du monde antique, 37 | 2022, Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’Antiquité, Caroline Blonce et Typhaine Haziza (dir.)
- Claverie Elisabeth, « Mettre en cause la légitimité de la violence d’Etat. La justice pénale internationale comme institution, comme dispositif et comme scène », Quaderni, 78, 2012, pp. 67-83.
- Hulot Sophie, « Les femmes dans les violences de guerre du monde romain (iiie siècle avant J.‑C.- ier siècle après J.‑C. », HiMA, n°11, 2022, pp. 103-118.
- LAFON Jean-Marc, « Les violences sexuelles en Espagne (1808-1814) : ce que révèlent les témoignages », Bulletin hispanique, t. 108, no 2, 2006, p. 555-575.
- Lévy Christine « Le Tribunal international des femmes de Tokyo en 2000. Une réponse féministe au révisionnisme ?», in Fabrice Virgili (dir.), Les lois genrées de la guerre, CLIO, Femmes, Genre, Histoire, 39/2014, https://journals.openedition.org/clio/11888
- Muravyeva Mariana, «Ni pillage ni viol sans ordre préalable». Codifier la guerre dans l’Europe moderne »i n Fabrice Virgili (dir.), Les lois genrées de la guerre, CLIO, Femmes, Genre, Histoire, 39/2014, https://journals.openedition.org/clio/11856
- Nahoum-Grappe Véronique, « L’anthropologie de la violence extrême : le crime de profanation », Revue internationale des sciences sociales, vol.4, n° 174, 2002, p. 608.
- Nahoum-grappe Véronique, « La purification ethnique et les viols systématiques. Ex-Yougoslavie 1991-1995 », dans Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 5 | 1997, https://journals.openedition.org/clio/416
- Pimouguet-Pedarros Isabelle, « Des violences de masse et des femmes : enquête au temps des campagnes d’Alexandre en Grèce et en Orient » in Kentron, Revue pluridisciplinaire du monde antique, 37 | 2022, Violences de masse et violences extrêmes en contexte de guerre dans l’Antiquité, Caroline Blonce et Typhaine Haziza (dir.)
- Pimouguet-Pedarros Isabelle, « Le viol des femmes en temps de guerre. Le cas de l’armée d’Alexandre en 335 et 324 avant J.‑C. », HiMA, n°11, 2022, p. 61-86.
- Roucayrol Anne-Marie, « Du viol comme arme de guerre », La Pensée, vol.4, n°404, 2020, pp. 80-92, https://shs.cairn.info/revue-la-pensee-2020-4-page-80?lang=fr
- Rousselot Philippe, « Le viol de guerre, la guerre du viol », Inflexions 2018/2 (N° 38), p. 23 à 35, Éditions Armée de terre
- Rapport de l’Unesco , « Le viol comme arme de guerre », Confluences Méditerranée 2008/1 (N°64), pages 99 à 104
Sitographie & ressources :
- Bardet Céline et Nahoum-grappe Véronique : « le viol est devenu une arme de guerre », France culture, Samedi 23 avril 2022, https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins-du-samedi/l-invite-e-des-matins-du-samedi-du-samedi-23-avril-2022-6673584
- Duroch Auriane « Céline Bardet : « Le viol est l’arme de guerre du XXIème siècle », Le Journal du Dimanche, 20/10/2019. https://www.lejdd.fr/International/celine-bardet-le-viol-est-larme-de-guerre-du-21e-siecle-3780101
- Le Martelot Nolwenn, « Les enjeux de la qualification du « viol comme arme de guerre », Institut du Genre en Géopolitique, 09/02/2024, https://igg-geo.org/?p=18217
- Leprince Chloé, Le viol comme arme de guerre : quand tout a basculé en ex-Yougoslavie, France culture, 29 mai 2022, https://www.radiofrance.fr/franceculture/le-viol-comme-arme- de-guerre-quand-tout-a-bascule-en-ex-yougoslavie-2429356
- Lévy Christine, « “Femmes de réconfort” de l’armée impériale japonaise : enjeux politiques et genre de la mémoire », Online Encyclopedia of Mass Violence, mis en ligne en 2012, http://www.massviolence.org/Femmes-de-reconfort-de-l-armee-imperiale-japonaise-enjeux
- ONG We Are not Weapon of War, https://www.notaweaponofwar.org/
- Virgili Fabrice, « Les violences sexuelles en temps de guerre », EHNE, [en ligne] 22/06/2020, https://ehne.fr/fr/node/12512
Textes et crédits :
- Texte 1 (06’37’’) : « viol des syracusaines sous la tyrannie d’agathocle », extrait de Diodore de Sicile, chapitre 19, 8, 3-5, Ier siècle av. J.-C. Commentaire disponible en ligne : Pimouguet-Pédarros Isabelle, Parabaino, mis en ligne le 06/12/2020, https://www.parabaino.com/fiches/viol-des-syracusaines-sous-la-tyrannie-dagathocle/
« Après avoir passé la journée à massacrer leurs concitoyens, les partisans d’Agathocle n’épargnèrent pas non plus aux femmes violences et infamies : bien au contraire ils pensaient qu’outrager leur famille était un bon châtiment à infliger à ceux qui avaient échappé à la mort. Selon toute vraisemblance, en effet, des époux et des pères souffriraient pis que la mort à l’idée de violences faites aux femmes et du déshonneur des jeunes filles. Nous devons supprimer ici les effets tragiques affectés habituels aux historiens, avant tout par pitié pour les victimes et aussi parce qu’aucun lecteur ne souhaite entendre détailler ce qu’il imagine sans peine : si ces hommes avaient osé, en plein jour, dans les rues et sur l’agora, égorger de parfaits innocents, il n’est pas besoin d’indiquer ce qu’ils firent, livrés à eux-mêmes, la nuit, dans les maisons, ni comment ils se comportèrent vis à vis des jeunes filles sans père et des femmes sans défenseur, tombées sous le pouvoir discrétionnaire de leurs pires ennemis »
- Texte 2 (22’) : « Définition du terme « violences sexuelles liées aux conflits » par le CS de l’ONU », Conseil de Sécurité des Nations Unies, Violences sexuelles liées aux conflits, Rapport du Secrétaire général, 30 mars 2021, §5. Définition retranscrite sur le site « We are not Weapon of war »
« Pour le Secrétaire Général des Nations Unies, l’expression “violences sexuelles liées aux conflits” recouvre des actes tels que le viol, l’esclavage sexuel, la prostitution forcée, la grossesse forcée, l’avortement forcé, la stérilisation forcée, le mariage forcé, ainsi que toute autre forme de violence sexuelle d’une gravité comparable, perpétrés contre des femmes, des hommes, des filles ou des garçons, et ayant un lien direct ou indirect avec un conflit »
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Un podcast produit par l’Association Mnémosyne avec Cécile Béghin.
Noémie Gmür et Clémentine Letellier à la technique.
Clémentine Letellier à la lecture des textes.
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Sport, genre et féminisme
Les JO de Paris approchent et c’est l’occasion de nous interroger, avec une perspective historique et une perpective de genre, sur la place occupée par les femmes dans le monde du sport depuis que les activités sportives telles que nous les connaissons se sont développées. En effet, la place que les femmes occupent dans le sport professionnel ou amateur est plutôt récente, et il a été difficile pour les pratiquantes de l’imposer dans un monde ou le corps des femmes était considéré comme un objet fragile, destiné à plaire avant de se consacrer la maternité.
Aujourd’hui, de grandes inégalités se maintiennent dans les choix de sports pratiqués par les femmes, dans les pratiques de chaque sexe, mais aussi dans le traitement médiatique réservé aux sportifs des deux sexes, sans parler du sexisme qui demeure très présent dans le monde du sport, que ce soit chez les pratiquants, les entraineurs, les dirigeants ou les commentateurs.
Pour nous retracer cette histoire du sport féminin sous l’angle du genre, et le relier à l’histoire du féminisme, nous accueillons Florys Castan-Vicente, chercheuse et maitre de conférence en sociohistoire à l’université de Saclay. En novembre 2020, elle a soutenue sa thèse intitulée « Un corps à soi ? Activités physiques et féminismes durant la « première vague » (France, fin du XIXe siècle-fin des années 1930) », dirigée par Pascal Ory.
Bibliographie :
- Bancel Nicolas, Blanchard Pascal, Boëtsch Gilles, Bolz Daphné, Gastaut Yvan, Lemaire Sandrine et Mourlane Stéphane (dir.), Histoire mondiale de l’Olympisme, Atlande, 2024
- Breuil Xavier, Histoire du football féminin en Europe, Paris, Nouveau monde éditions, 2011
- Castan-Vicente Florys, « Suzanne Lenglen et la définition du professionnalisme dans le tennis de l’entre-deux-guerres », Le Mouvement Social 2016/1 (n° 254), pages 87 à 101
- Castan-Vicente Florys, Bohuon Anaïs, « Emancipation through sport ? Feminism and medical control of the body in interwar France »
Sport in History, 2020, 40 (2), pp.235-256 - Castan-Vicente Florys, Bohuon Anaïs, Henaff-Pineau Pia, Chanavat Nicolas, « Les pionnières françaises du sport international des femmes : Alice Milliat et Marie-Thérèse Eyquem, entre tutelle médicale et non-mixité́ militante ? » Staps 2019/3 (n° 125), pages 31 à 47
- Castan-Vicente Florys, Bohuon Anaïs, Pallesi Lucie, « « Ni de seins, ni de règlement » L’athlète Violette Morris ou le procès de l’identité́ sexuée de l’entre- deux-guerres » , 20 & 21. Revue d’histoire, 2021/4 (N° 152), pages 87 à 105.
- Castan-Vicente Florys, Marie-Thérèse Eyquem. Du sport à la politique. Parcours d’une féministe, Préface d’Yvette Roudy, Paris, L’Ours, 2009.
- Castan-Vicente Florys, Un corps à soi. Activités physiques et féminismes durant la «première vague » (France, fin du XIXe siècle – fin des années 1930), thèse de doctorat sous la direction de Pascal Ory, Université de Paris I, 2020.
- Gallot Fanny, Anka Idrissi Naïma et Pasquier Gaël, J’enseigne l’égalité filles-garçons, Dunod, collection « La boîte à outil du professeur », réed.2023.
- Hidri Neys Oumaya, Juskowiak Hugo, Bohuon Anaïs, Bréhon Jean, « Ce que la presse écrite jeunesse donne à lire et à voir : le genre du sport », Éducation et Sociétés 2022/1 (n° 47), pages 63 à 80.
- Louveau Catherine, « Qu’est-ce qu’une vraie femme pour le monde du sport ? », dans Laufer Laurie, Rochefort Florence, Qu’est-ce que le genre ? Payot, 2014. Chap. 6
- Martin Camille, « Quand la puissance publique délègue l’égalité : ethnographie de la politique de développement du football féminin en France (2011 – 2017) », Thèse de doctorat, EHESS, 2017.
- Ottogalli-Mazzacavallo Cécile, « Des femmes à la conquête des sommets : Genre et Alpinisme (1874-1919) », dans Clio Femmes, Genre, Histoire, 23(2006), « Le genre du sport « .
- Rennes Juliette (dir.), Encyclopédie critique du genre, Paris, La Découverte, 2016 (article Sport)
- Rey Javi, Galic Bertrand, Kris, Bonnet Marie-Jo, Violette Morris, à abattre par tous les moyens, 2 tomes, Futuropolis, 2018-2019.
- Terret Thierry et alii (dir.), Sport et Genre, Paris, L’Harmattan, 2005, 4 volumes.
- Volume 1: Terret Thierry (dir.), «La conquête d’une citadelle masculine », 388 pages;
- volume 2 : Liotard Philippe et Terret Thierry (dir.), «Excellence féminine et masculinité hégémonique », 304 pages;
- volume 3 : Saint-Martin Jean et Terret Thierry (dir.), «Apprentissage du genre et institutions éducatives », 396 pages;
- volume 4 : Roger Anne et Terret Thierry (dir.), «Objets, arts et médias», 274 pages.
Sitographie & ressources :
- AFP, « L’équipe norvégienne de beach handball sanctionnée pour avoir refusé de jouer en bikini », Le Monde, 21 juillet 2021, en ligne.
- Bernard Christine (prod.), « Femina Sport, premier âge d’or », épisode de la série « C’est du Sport ! », dans Une histoire particulière, France Culture, 16 août 2020.
- Carpentier Florence, Castan-Vicente Florys, Nicolas Claire, Dirigeantes du sport au XXe siècle, Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe [en ligne].
- Dossier Retronews, Suzanne Lenglen championne de tennis.
- Kessous Mustapha, « JO de Londres 2012 et Rio 2016 : Caster Semenya, la Sud-Africaine accusée de n’être pas assez femme », dans Le Monde Afrique, 31 juillet 2021, en ligne.
- Laurentin Emmanuel (prod.), « Footballerines, des femmes face à l’hégémonie masculine », épisode de la série « Histoire du football », dans La Fabrique de l’Histoire, France Culture, 23 avril 2019.
- Ripa Yannick , « Les femmes aux jeux Olympiques », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe [en ligne].
Cinéma & documentaires :
- Juza Camille, Toutes musclées (4 parties), Arte 2022
- Panahi Jafar, Hors-Jeu, 2006
Textes et crédits :
- Texte 1 : « Mlle Suzanne LENGLEN », Le Figaro, mercredi 3 juin 1914
« Seize ans ! Peut-être moins ! Une silhouette ravissante d’harmonie physique ; les traits fins, allongés, de grands sourcils, une expression tranquille, grave, souriante et résolue ; une chevelure noire, serrée à l’antique par un ruban de satin, et se répandant en boucles.
Vêtue de laine blanche, comme drapée, agile, sûre de ses mouvements, où la force s’enveloppe d’une grâce infinie, Mlle Suzanne Lenglen est une merveilleuse évocation moderne de la beauté féminine de l’antiquité.
Elle joue dans la perfection, dans un style qui reste délicieusement, féminin.
Dans ses efforts, aucune de ces violences excessives et maladroites par lesquelles trop de femmes éprises d’athlétisme masculinisent si fâcheusement leurs gestes. »
- Texte 2 : « L’extraordinaire carrière d’une sportive : Violette Morris », dans Le Miroir des Sports, 3 juin 1925
« Violette Morris était déjà aussi puissante à l’âge de quinze ans qu’elle l’est aujourd’hui. Ses mensurations n’ont guère varié depuis 1910. Elles sont les suivantes : taille, 1m66 ; poids : 74 kg ; tour de cou, 0m40 ; tour d’épaules, 1m20 ; biceps, 0m29 au repos, 0m335 en tension ; poignet 0m16 ; mollet 0m40 ; capacité respiratoire, 4 litres. […]
Cette femme, d’une puissance et d’une résistance physique incomparable, d’une énergie que rien n’abat, qu’on voit toujours la cigarette aux lèvres et qui ne se trouve bien qu’en vêtements masculins, qui est professionnelle en sports mécaniques, en cyclisme derrière moto même, et qui reste amateur dans les autres jeux athlétique, cette femme ne songe pas à terminer de sitôt sa carrière. Audacieuse, infatigable, d’une absolue confiance en elle-même, d’une indifférence totale à ce que peuvent penser d’elle hommes et femmes, elle mène sa vie comme elle l’entend, tout entière dévouée au sport. »
- Texte 3 : «Le Procès de la culotte », in SAINT-AUBAN (dir.), Revue des Grand Procès contemporains, tome 36, 1930, p. 203.
Extrait du plaidoyer de Yvonne Netter, membre du conseil de la FSFSF et avocate de l’association, contre Violette Moris dans le cadre de son procès contre la FSFSF qui lui refuse en 1928 le renouvellement de sa licence, nécessaire à sa participation aux JO d’Amesterdam
« La femme française est restée toujours femme malgré son activité ; c’est son triomphe, et c’est aussi sa sauvegarde. La coquetterie si vantée des femmes n’est pas du tout un obstacle à leur développement, pas plus intellectuel que moral […], c’est une condition sine qua non de la réussite des femmes, c’est l’avis de nombreuses féministes ».
- Texte 4 : Extrait de la déclaration de Roland-Leinad, journaliste au Paris-Soir, journal proche de la droite républicaine. Article publié le 27 février 1930.
« Il ne peut y avoir de milieu. On est homme ou on est femme. Que je sache, il n’est pas raisonnable de vouloir être les deux en même temps. Puisque Violette Morris fait tout ce qu’elle peut pour n’être point une femme, qu’elle aille demander licence à une fédération masculine, si toutefois il s’en trouve pour accéder à son désir. Mais il n’est véritablement pas possible de tenir pour femme, une personne qui se fait couper les seins, s’habille en homme, fait métier de garagiste, cogne du poing sur la table, se baigne en caleçon, court dans les piscines, et dans les mêmes lieux, va délibérément se changer dans la partie réservée aux garçons. »
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Femmes, genre et migrations

Il ne vous aura pas échappé que la question des migrations tient une place essentielle dans l’actualité nationale, européenne et mondiale. Pourtant, l’histoire nous apprend que la migration est un phénomène aussi ancien que l’humanité, que le déplacement des hommes et des femmes est un mouvement a toujours existé et que les économies du monde entier en ont longtemps profité, alors même que les frontières ont cherché à le contrôler et le criminaliser. Aujourd’hui, alors que les frontières de l’UE et des USA se ferment et que la xénophobie fleurit et que les politiques migratoires sont de plus en plus restrictives, il nous a semblé nécessaire de concentrer notre attention sur la question des migrations féminines et du genre des migrations. En effet, il est rare que l’on distingue les parcours migratoires masculins et féminins : au contraire, comme souvent, on applique au mot « migrant » le masculin générique, gommant la spécificité des parcours migratoires féminins et masculins. Par ailleurs si rien n’interdit dans les programmes scolaires de s’intéresser aux migrantes autant qu’aux migrants, l’histoire et la géographie des migrations se font souvent au masculin.
Nous allons donc vous prouver l’intérêt de faire apparaitre les femmes et le genre dans les migrations grâce à nos deux invitées : l’historienne Linda Guerry, spécialiste du genre des migrations dans le passé, autrice de l’ouvrage publié en 2013, Le genre de l’immmigration et de la naturalisaiton dans la France de l’entre-deux guerre, L’exemple de Marseille (1918-1940), et la géographe Camille Schmoll, qui a fait paraître il y a deux ans un ouvrage essentiel, Les damnées de la mer, dans lequel à travers le parcours migratoire de Julienne, elle nous permet de comprendre la spécificité des parcours migratoires féminins.
Au-delà des récits de migration, il s’agit de comprendre en quoi, en considérant le genre des migrations, on pourrait repenser les politiques d’accueil en lien avec les besoins des migrants, hommes et femmes. Pour les enseignants qui nous écoutent, nous verrons dans la seconde partie du podcast en quoi la problématique de genre appliquée aux migrations peut vous permettre d’enrichir vos cours d’histoire et de géographie.
Bibliographie :
- Bacon Lucie, Clochard Olivier, Honoré Thomas, Lambert Nicolas, Mekdjian Sarah et Rekacewicz Philippe,« Cartographier les mouvements migratoires », REMI vol. 32 – n°3 et 4 | 2016
- Catarino Christine, Morokvasic Mirjana et Hily Marie-Antoinette (dir.), « Femmes, genre, migration et mobilités » , Revue européenne des migrations internationales , vol. 21 – n°1 | 2005
- Diaz Delphine, Un Asile pour tous les peuples ? Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2014
- Freedman Jane, « Conflit, crises et femmes réfugiées en Europe », Confluences Méditerranée 2017/4 N° 103 | pages 31 à 39
- Green Nancy L. & Waldinger Roger (eds), A Century of Transnationalism: immigrants and their homeland connections, Urbana, University of Illinois Press, 2016
- Guerry Linda , La naturalisation au service de la nation, gisti | « Plein droit », 2020/3 n° 126 | pages 36 à 39
- Guerry Linda, Le Genre de l’immigration et de la naturalisation. L’exemple de Marseille (1918-1940), Lyon, ENS Éditions,2013
- Guerry Linda, Le regroupement familial, notice EHNE 2024
- Larcher Smaïn, De la violence à la persécution, femmes sur la route de l’exil, Paris, La Dispute, 2010
- Larcher Smain, L’odyssée des femmes sur la route de l’exil et ses violences, Écarts d’identité n°136, Exil au féminin, 2020
- Latouche Alice « Ouvrez les frontières ! Ouvrez les villes ! » : L’effet paradoxal des politiques d’hébergement sur la vulnérabilité des femmes migrantes à Athènes » , Espace populations, société, 2021/2-3
- Lendaro Annalisa, Rodier Claire & Vertongen Youri Lou (dir.), La Crise de l’accueil. Frontières, droits, résistances, Paris, La Découverte, 2019
- Manning Patrick, Migration in World History, New York & London, Routledge, 2012 [2005]
- Martini Manuela, Bâtiment en famille. Migrations et petite entreprise en banlieue parisienne au XXe siècle, Paris, CNRS Éditions, 2016
- Migreurop, Atlas des migrations dans le monde, Liberté de circulation, Frontières, inégalités, Dunod, 2022
- Rogers Rebecca & Thébaud Françoise (dir.), « Voyageuses », Clio. HFS, 28, 2008
- Santinelli-Foltz Emmanuelle, « Quitter les siens. Mariage, migration et genre au haut Moyen Âge », Clio. FGH, 50, p. 249-273.
- Schmoll Camille, Les damnées de la mer. Femmes et frontières en Méditerranée, Paris, La Découverte, 2020
- Tassin Louise, « Le mirage des hotspots, Nouveaux concepts et vieilles recettes à Lesbos et Lampedusa », Savoir/Agir 2016/2 N° 36 | pages 39 à 45
- The International Migration Review ,Vol. 40, No. 1, « Gender and Migration Revisited » (Spring, 2006), pp. 64-81
- Tyzler Elsa, « Boza disent aussi les femmes », Vacarme n°83, 2018/2, page 6 à 9
- Tyzler Elsa, « Nous sommes des battantes. » Expériences de femmes d’Afrique centrale et de l’Ouest à la frontière maroco-espagnole , Genre, sexualité et société, « Vulnérabilités », 25, Printemps 2021
- Tyzler Elsa, « Se soutenir. Expériences de sororité aux frontières de l’Europe » , Ecarts d’identité n°136, Exil au féminin, 2020
Sitographie :
Missing Mogrants Projet, URL : https://missingmigrants.iom.int/region/mediterranean
Grand Reportage, Lampedusa, une île entre deux mondes, RFI, émission diffusée le 17/10/2013
International Organization for Migration, Living without them: Stories of families left behind, 4 épisodes, 2021
LSD, La Série Documentaire, Femmes migrantes invisibles, France Culture, 6 octobre 2021
Romane Frachon, Femmes et frontières, QG le média libre, 6 épisodes, 2021
Genre etc, Femmes et Frontières en Méditerranée, avec Camille Schmoll, Science Po, 2022
Un podcast à soi, Migrantes et combattantes, n°36, Arte Radio Podcast, mai 2022
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Masculinités & Nazisme
Comment le nazisme a-t-il fait évoluer les masculinités et les féminités, les normes de genre et les sexualités dans la société allemande entre 1933 et 1945 ? Quels changements et quels moyens pour les imposer ? Quelles sources sont-elles disponibles pour étudier ces mutations ?
Dans ce nouvel épisode de notre podcast, nous recevons Patrick Farges, professeur des Universités en Histoire contemporaine à l’Université Paris-Cité, au sein du laboratoire ICT (Identités, Cultures, Territoires) – Les Europes dans le monde (UR 337), spécialiste de l’Allemagne, de l’histoire du genre & des masculinités.
Bibliographie :
- Patrick Farges, Elissa Mailander (dir.), Marcher au pas et trébucher. Masculinités allemandes à l’épreuve du nazisme et de la guerre, Lille, Presses universitaires du Septentrion, coll. « War Studies », n°10, 2023.
- Patrick Farges, Elissa Mailänder, « Des “conditions masculines” au sortir de la Seconde Guerre mondiale ? Perspectives transnationales », in Françoise Berger, Anne Kwaschik (dir.), La condition féminine en France, en Allemagne et en Europe : regards croisés (XIXe et XXe siècles), Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 2016, p. 153-166.
- Patrick Farges, Le Muscle et l’Esprit. Masculinités germano-juives dans la post-migration : le cas des yekkes en Palestine/Israël après 1933, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2020.
- Anne-Marie Sohn, « Sois un homme ! » La construction de la masculinité au XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. « L’Univers Historique », 2009.
- Anne-Marie Sohn (dir.), Une histoire sans les hommes est-elle possible ? Genre et masculinités, Lyon, ENS éditions, 2013.
- Régis Revenin (dir.), Hommes et masculinités de 1789 à nos jours, Paris, Autrement, 2007.
- Le Gac Julie, « La virilité à l’épreuve des guerres », Encyclopédie pour une histoire nouvelle de l’Europe [en ligne], 2016
- Regina Mühlhäuser, « La violence sexuelle des soldats allemands pendant la guerre d’anéantissement en Union soviétique », in Raphaëlle Branche, Fabrice Virgili (dir.), Les Viols en temps de guerre, Paris, Payot, 2011, p. 43-69.
- Jennifer Evans, Elissa Mailänder, « Cross-dressing, Male Intimacy and the Violence of Transgression in Third Reich Photography », German History, 39/1 (2021), p. 54-77
- Connell, Raewyn, James W. Messerschmidt, « Hegemonic Masculinity. Rethinking the Concept », Gender & Society, 19/6 (2005), p. 829-859
- Elsa Dorlin (dir.), Sexe, race et classe : pour une épistémologie de la domination, Paris, PUF, 2009
- Francis Dupuis-Déri, La Crise de la masculinité. Autopsie d’un mythe tenace, Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2018. Publié en poche chez Points (2022).
- Elissa Mailänder, Amours, mariage, sexualité : une histoire intime du nazisme, 1930-1950, Paris, Seuil, 2021
- André Rauch, Histoire du premier sexe. De la Révolution à nos jours, Paris, Hachette, 2006
- George Mosse, The Image of Man : The Creation of Modern Masculinity, New York, Oxford University Press, 1996.
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La Querelle des femmes
Aujourd’hui, en compagnie d’Eliane Viennot, nous nous intéressons à cette longue polémique de l’histoire intellectuelle et culturelle de la France et de l’Europe, que l’on nomme « la Querelle des femmes ». Notre invitée nous explique en quoi cette querelle est représentative des préjugés envers les femmes et des entraves à leur présence dans le champ littéraire, philosophique, scientifique et politique depuis le XVe siècle.
Eliane Viennot est un personnage plutôt connu dans l’espace public français, puisqu’elle se bat depuis des années en faveur de la langue inclusive (Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, 2014) et son combat est assez médiatisé. Mais elle est également professeure émérite de littérature de la Renaissance et spécialiste des relations de pouvoir entre les sexes. Son ouvrage, la Querelle des femmes ou n’en parlons plus , sorti en 2019 et son site internet (elianneviennot.fr) retracent dans les détails les élements essentiels de cette polémique que nous allons décortiquer dans cet épisode.
Bibliographie :
- DUBOIS-NAYT Armel, DUFOURNAUD Nicole, PAUPERT Anne (dir.), Revisiter la « Querelle des femmes ». Discours sur l’égalité́/inégalitéś des sexes, de 1400 à 1600, Saint-Etienne, Publications de l’université́ de Saint-Étienne
(coll. « École du genre »), 2013, vol. 3/4. - DUBOIS-NAYT Armel, HENNEAU Marie-Élisabeth, Von KULESSA Rotraud (dir.), Revisiter la « querelle des femmes ». Discours sur l’égalité́/inégalitéś des sexes en Europe, de 1400 aux lendemains de la Révolution, Saint-Étienne, Publications de l’université́ de Saint-Étienne (coll. « École du genre »), 2015, vol. 4/4.
- DUFOURNAUD Nicole, La querelle des dames à la Renaissance, EHNE
- HAASE-DUBOSC Danielle, « Intellectuelles, femmes d’esprit et femmes savantes au XVIIe siècle », dans Femmes, genre, histoire, n°13, avril 2001, pp. 43-67.
- MARSAY Julien, La revanche des autrices. Enquête sur l’invisibilisation des femmes en littérature, ed. Payot.
- TICRIZENIS Daphné, Autrices, ces grandes effacées qui ont fait la littérature, Tome 1, du Moyen Âge au XVIIe siècle, ed. hors d’atteinte
- VIENNOT Éliane, La Querelle des femmes ou n’en parlons plus, Ixelle éditions, 2019, 124 p.
- VIENNOT Éliane, Revisiter la « Querelle des femmes ». Discours sur l’égalité-inégalité des sexes, de 1750 aux lendemains de la Révolution, avec la collaboration de PELLEGRIN Nicole, Saint-Etienne, Publication de l’Université de Saint-Etienne, 2012, 204 p.
- VIENNOT Éliane, Ce que l’imprimerie changea pour les femmes , Revue de la Bnf, 2011/3 (n° 39), pages 14 à 21
- VIENNOT Éliane, La France, les femmes et le pouvoir. L’invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle), Paris, Perrin, 2006.
- VIENNOT Éliane, « Une intellectuelle, auteure et mécène parmi d’autres : Marguerite de Valois (1553 – 1615) », dans Femmes, genre, histoire, n°13, avril 2001, pp. 125-134.
- ZIMMERMANN Margaret, «Querelle des Femmes, querelles du livre » in de COURCELLES Dominique et VAL JULIÁN Carmen (dir.), Des femmes et des livres, Publications de l’École nationale des chartes, | p. 79-94 .
Sitographie :
Textes et crédits :
- Texte 1 : Christine de Pisan, La Cité des Dames, Stock « Moyen Âge », 1986, 1ère édition : 1405
« Si l’on voulait prétendre que les femmes ne sont pas assez intelligentes pour apprendre le droit, l’expérience prouve le contraire. On a vu de nombreuses femmes – et l’on en trouve encore de nos jours – qui furent de très grandes philosophes et qui purent maîtriser des disciplines aussi difficiles et nobles que le droit. D’autre part, si l’on voulait affirmer que les femmes ne sont pas faites pour la politique et le pouvoir, je pourrais te citer l’exemple de beaucoup de femmes qui ont déjà régné. Et afin que tu comprennes mieux, je te rappellerai encore quelques-unes de tes contemporaines qui, restées veuves, ont si bien dirigé leurs affaires après la mort de leur mari qu’elles fournissent la preuve irréfutable qu’aucune tâche est trop lourde pour une femme intelligente. »
- Texte 2 : Les oeuvres de Mesdames de Roches, vol. 2, 1579,
« L’Envie, voyant une femme faire la sépulture de Phocion, empoisonné par ses concitoyens, entre en fureur et décide de se venger en transformant les hommes en tyrans domestiques et en interdisant aux femmes le livre et le savoir. Mais Agnodice fera échouer son plan.
(…)
Ah! je me vengerai (ce dit-elle) tu veux défendre
Phocion, dont je hais encor la morte cendre,
Sache qu’en peu de temps je te ferai sentir
De ton hâtif secours un tardif repentir:
Car en dépit de toi je t’animerai les âmes
Des maris, qui seront les tyrans de leurs femmes,
Et qui leur défendant le livre et le savoir,
Leur ôteront aussi de vivre le pouvoir.
Les voulant secourir couvrit sa double pomme »
- Texte 3 : François Poulain de la Barre, De l’égalité des deux sexes, 1673.
« Il serait aisé de conclure que si les femmes sont capables de posséder souverainement toute l’authorité publique, elles le sont encore plus de n’en estre que les Ministres: comme d’estre Vice-Reines, Gouvernantes, Secrétaires, Conseillères d’Etat, Intendantes des Finances. Elles peuvent être Généralles d’Armée.»
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Femmes et genre dans les conflits du XXe siècle.
Guerres mondiales, guerres coloniales, nouvelles conflictualités
Nous nous sommes déjà intéressées dans ce podcast à la présence des femmes dans la guerre (souvenez-vous de l’épisode 12 de notre saison 1), mais nous avions envie de revenir sur les guerres du XXe siècle : non pas que ce siècle ait connu plus de guerres que les précédents, mais les conflits du XXe siècle ont atteint par différents aspects une dimension jusque-là inconnue.
Par ailleurs, dans les programmes scolaires du secondaire, les guerres du XXe siècle occupent une place majeure, et c’est souvent un prétexte pour ne pas donner de place aux femmes, les guerres étant encore perçues comme des évènements historiques typiquement masculins, ou au mieux neutres.
Pourtant, depuis 40 ans, les recherches sur la place des femmes dans la guerre et le genre des guerres du XXe siècle ont pris une ampleur considérable. Les historiennes et les historiens du monde, après s’être interrogés sur les rôles occupés par les femmes dans les conflits, ont mesuré les effets de la guerre sur les sociétés, les relations hommes-femmes et les rôles de genre. Aujourd’hui, les travaux portent sur les sexualités et l’intimité des populations qui subissent la guerre. Dans ces réflexions, hommes et femmes ont toute leur place.
Pour faire avec nous un bilan des avancées de l’histoire des femmes et du genre dans les conflits du XXe siècle et réfléchir à la façon dont on peut introduire ces recherches dans les cours du secondaire, nous avons invité Françoise Thébaud : historienne des femmes et du genre, historienne de la maternité et de l’engagement politique des femmes, elle s’est aussi beaucoup consacrée à la question de la place des femmes dans les conflits du XXe siècle et au genre de la guerre. Elle a été la première présidente de Mnemosyne (2000 à 2008) et elle a été jusqu’en 2018 codirectice de la revue Clio-Femmes, Genre, Histoire qu’elle a confondée en 1995.
Propositions de documents pour vos cours :
Dans cette épisode, Françoise Thébaud nous parle de beaucoup de femmes et de sources différentes, notamment de ce qu’on appelle des « ego sources ». Voici celles qu’elle nous présente dans cet épisode (L’ordre des sources présentées ci-dessous suit majoritairement le déroulé de l’épisode) :
- des carnets d’infirmières canadiennes.

Pour en apprendre plus sur les infirmières militaires du Canada qui sont venues en Europe lors des deux guerres mondiales, nous vous conseillons la lecture de cette page internet issue du site du gouvernement du Canada dédié aux vétérans de guerre (cliquez sur ce lien), mais également cet article de mars 2022 publié sur le site internet du centre canadien pour la Grande Guerre (cliquez sur ce lien). Pour varier les supports, nous vous conseillons l’écoute de cet épisode de podcast de la Bibliothèque et Archives Canada qui présentent les ego sources rédigées par ces infirmières canadiennes. L’épisode est intégralement retranscrit.
Vous pouvez aussi mobiliser des connaissances et des ressources sur des infirmières européennes, et notamment Edith Cavel que Françoise Thébaud mentionne dans cet épisode. N’hésitez pas à aller faire un tour sur la page qui lui est dédiée sur le site du National WWI Museum and Memorial de Kansas City aux Etats-Unis, qui vous donnera également accès à des sources intéressantes pour qui maîtrise l’anglais.
- Marie Curie et ses voitures radiologiques (Première Guerre mondiale)
Même les programmes scolaires n’osent pas ne pas parler de Marie Curie. Il nous est possible d’aborder le rôle de cette illustre scientifique durant la Première guerre mondiale, et nous vous proposons deux supports pour vous y aider. Tout d’abord, vous pouvez lire cet article du journal Le Figaro rédigé lors du centenaire de la guerre 14-18 et proposé en pdf sur le site de l’académie de Versailles (cliquez sur ce lien). Vous pouvez également regarder cette vidéo proposée par le réseau Canopé « Marie Curie dans la guerre »
(on notera l’absence de femmes sur cette photographie).
- Les bataillons de femmes russes (Première Guerre mondiale)
Françoise Thébaud mentionne dans cet épisode les bataillons de femmes cosaques et vous conseille la lecture de l’ouvrage de présenté par Stéphane Audouin-Rouzeau et Nicolas Werth : Maria Botchkareva, Yashka, journal d’une femme combattante, Armand Colin,2012. Pour compléter cette lecture, voici le lien vers un article de RetroNews sur ces bataillons de femme en Russie, rédigé par Marina Bellot en 2017 et mis à jour en 2021.
- Le monument aux morts de Lodève
Impossible de parler de la Première Guerre mondiale sans évoquer les monuments aux morts. Or, certains sont très intéressants à utiliser en classe pour parler des femmes. Voici par exemple le monuments de Lodève, dans l’Hérault (photographie prise après le nettoyage du monument, par B. Derrieu en 2013) :
Pour plus d’information sur ce monument, vous pouvez lire ce passage d’un article d’In Situ, Revue des patrimoines, consacrés aux monuments érigés par le sculpteur Paul Dardé, ou encore cette page de l’université de Lille décrivant le monument. Il existe d’autres monuments de ce type, et François Thébaud cite celui de Saint-Pol-de-Léon, dans le Finistère, également présenté sur le site de l’Université de Lille consacré aux monuments aux morts (cliquez ici).
- Lioudmilla Pavlichenko (Seconde Guerre mondiale)
Exemple emblématique des tireuses d’élites actives lors de la Seconde Guerre mondiale, Ludmilla Pavlichenko, surnommée « lady Death », est présentée dans cet épisode par Françoise Thébaud. Pour en apprendre plus sur cette soldate, voici un article (en anglais) issu du site du National WWII Museum de La Nouvelle Orléans (cliquez ici).
Françoise Thébaud souligne l’image ambiguë de l’espionne durant la Seconde Guerre mondiale. Il est donc d’autant plus important, à ce titre, de présenter cette femmes à nos élèves. Pour vous y aider, voici deux ressources qui peut vous être utiles : un article sur la page « Chemin de Mémoire » du site du ministère des Armées qui lui est consacré (cliquez ici), et un docu-fiction présenté par France Inter avec la participation de l’historienne Chantal Antier (cliquez ici).
Si vous souhaitez mobiliser davantage de figure d’espionne, n’hésitez pas à mobiliser la figure plus connue de Rose Valland, espionne durant la Seconde Guerre mondiale et passionnée d’art, notamment grâce à ce récit de Jennifer Lesieur. Si vous travaillez sur la Guerre froide, n’hésitez pas à consulter l’ouvrage de Chloé Aeberhardt, Les espionnes racontent, Robert Laffont, 2017, qui met en récit les actions d’anciennes espionnes de la Guerre Froide. Pour un avant goût du contenu de cet ouvrage, voici un épisode de l’émission « Le Book Club » de France culture qui parle en parle.
- Jeanne Bohec, une autre figure de la résistance française.
Des résistantes en France, on en connait beaucoup, que ce soit Marguerite Duras, Lucie Aubrac, Rose Valland, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Laure Diebold, Yvonne Le Roux, Renée Lévy, Simone Michel-Lévy, Marie-Madeleine Fourcade, Marie-Claude Vaillant-Couturier… Françoise Thébaud a choisi, dans cet épisode de notre podcast, de nous parler de Jeanne Bohec. Nous vous conseillons, comme ressource complémentaire, de consulter cette page du musée de la résistance consacrée à « la plastiqueuse à bicyclette ».
- Des historien·nes travaillant sur les femmes dans les guerres de la 2ème moitié du XXe siècle
François Thébaud cite plusieurs historien·nes durant l’épisode, dont le travail nous permet de mieux connaître et donc mieux enseigner une histoire mixte des conflits de la 2ème moitié du XXe siècle, notamment dans les conflits coloniaux. Ainsi, notre invité mentionne le travail de François Guillmot sur la guerre du Vietnam, ou encore celui de Djamila Amrane sur la guerre d’Algérie.

François Guillemot, Des vietnamiennes dans la guerre civile, L’autre moitié de la guerre, 1945-1975, Indes Savantes, 2014

Danièle Djamila Amrane-Minne, Des femmes dans la guerre d’Algérie, préface de Michelle Perrot, Karthala, 1994
Nous abordons également dans cet épisode le thème des violences de guerre envers les femmes. A ce sujet, Françoise Thébaud mentionne l’ouvrage autobiographique de Marta Millers, l’une des nombreuses Allemandes à avoir subi les viols de guerre perpétrés par l’armée soviétique en 1945. Elle a publié son journal, ce qui constitue l’une des ego-source extrêmement utile pour la transmission de l’histoire. Pour compléter la lecture de ce journal, nous vous invitons à écouter cette interview de la metteuse en scène Brigitte Haentjens, qui a adapté ce journal au théâtre, diffusée sur Radio Canada.
- Des guerres émancipatrices pour les femmes ?
Françoise Thébaut évoque une affiche réalisée par Henri Lebasque et présentant les rôles sexués imposé à la population lors de la période de reconstruction qui suit la Première Guerre mondiale. Pour aller plus loin dans la découverte, l’étude et l’utilisation de ce document extrêmement riche, rien de mieux que le site « lHistoire par l’image » qui lui consacre une page complète. Vous trouverez d’ailleurs des liens vers d’autres dossiers passionnément utiles pour enseigner une histoire mixte (cliquez sur la photo pour accéder au site de l’histoire par l’image) : 
Il est également fait mention, dans cet épisode, de la question du retour des Poilus après la guerre et de la place des femmes dans la société. La discussion vise à s’interroger sur l’émancipation réelle ou non des femmes liées aux guerres. Notre invitée évoque à ce propos l’ouvrage de Dominique Fouchard, Le Poids de la guerre. Les Poilus et leur famille après 1918, Rennes, PUR, 2013. Vous pouvez accéder au compte-rendu de lecture que François Thébaud a rédigé dans le n°39 de la revue Clio. Femmes, Genre, Histoire (cliquez ici).
L’émancipation ne concerne pas seulement l’obtention du droit de vote, ou le travail des femmes, mais également leur accès à l’éducation. A ce propos, il est intéressant de mobiliser les textes de lois dans nos corpus documentaires. Voici un extrait de l’arrêté du 10 juillet 1925, complétant la réforme du plan d’étude de l’enseignement secondaire, dite réforme Léon Bérard (mai 1923) :
Vous trouverez également une multitude de documents relatif aux femmes dans les guerres sur le site suivant : « A Closer Look At The Women’s Work Collection »
Bibliographie
- Clio, Femmes, Genre, Histoire, « Les lois genrées de la guerre », 2014/1 (sous la direction de Fabrice Virgili)
- Capdevila Luc, François Rouquet, Fabrice Virgili et Danièle Voldman, Sexes, genre et guerres (France, 1914-1945), Petite bibliothèque Payot, 2e éd., 2010
- Handfield Nicolas, Julie Le Gac & Chloé Poitras-Raymond (dir), Femmes en guerre, de l’époque médiévale à nos jours, Lille, Septentrion, 2022.
- Rouquet François & Fabrice Virgili, Les Françaises, les Français et l’épuration, Folio Histoire, 2018
- Thébaud Françoise, Les Femmes au temps de la guerre de 14, Petite bibliothèque Payot, 2013 (réédition complétée)
- Thébaud Françoise, Yannick Ripa, La Condition des femmes de 1789 à nos jours, la Documentation photographique, 2022
Textes et crédits :
- Texte 1 : Lettre de paysannes de Chantelouve (village de l’Oisans) au préfet de l’Isère (extraits), 29 mai 1916
« Monsieur le Préfet,
Permettez-nous s’il se peut de vous exposer nos besoins. Nous trouvant dans l’impossibilité absolue de pouvoir cette année rentrer nos récoltes, faute de bras d’hommes, nous venons faire appel à votre bienveillance. Afin d’interpréter [sic] pour nous auprès de l’autorité militaire. […. Elles demandent des permissionnaires agricoles] Ce n’est pas nous pauvres femmes qui faucherons, car nos forces déjà si épuisés par le surmenage et le chagrin continuels depuis deux ans ne le permettent pas. (…) Veuillez nous excuser, Monsieur le Préfet, de la liberté que nous prenons à votre égard. Nous espérons fermement que vous aurez égard à notre situation (….)»
Valentine Blanc, Marie Cros, Marie Siaud et un groupe de femmes de mobilisés
- Texte 2 : extrait de Yashka, Journal d’une femme combattante, 1923, p.39
« Jour et nuit ma pensée se portait vers les champs de bataille, et je croyais entendre la plainte de mes frères blessés. Jusque dans le Nord sauvage de la Sibérie retentissait le choc des armées immenses. Les bruits les plus divers circulaient, bruits de victoires et de défaites, et le monde parlait à voix basse des torrents de sang répandu, et de la masse énorme des mutilés retirés du front et refluant vers les plaines. Je brûlais du désir d’aller là-bas, moi aussi, d’être baptisée dans le feu et purifiée dans la fournaise. J’éprouvais le besoin du sacrifice ; mon pays m’appelait et une force intérieure irrésistible m’entraînait. Il fallait seulement que mon mari s’éloignât pour quelques jours. »
- Texte 3 : Journal La Française, 19 décembre 1914 – Jane Misme, “Une campagne féminine des pays ennemis et des pays neutres en faveur de la paix” (extraits)
« Cette agitation, pour que nous continuions à traiter en amies les citoyennes des pays ennemis, pour que, unies à elles, nous adjurions les hommes qui s’entr’égorgent de se tendre la main, nous choque… nous révolte (…). Les Françaises se déclarent solidaires des Français qui soutiennent la guerre, qui, eux non plus, ne l’ont point voulue mais qui l’ont si fièrement acceptée pour sauver la France attaquée. (…) Les désavouer, ce serait trahir eux et la patrie. Aujourd’hui l’âme des Françaises les plus pacifistes se bat contre l’ennemi, à côté de nos soldats. Et tant que durera la guerre, les femmes de l’ennemi seront aussi l’ennemi. (…) Que nos collègues internationales se persuadent qu’il ne peut y avoir en ce moment aucune question internationale féminine. Il n’y a qu’une seule et immense question internationale tout court. Elle ne peut se résoudre que par la logique des choses, c’est-à-dire par la défaite d’une des forces engagées. Pour cette solution, hélas ! aucune diplomatie ne peut rien. Il faut, le cœur déchiré, laisser agir les armes et couler le sang.»
- Texte 4 : Lettre de Maurice Drans, fils de commerçants, 23 ans en 14 à sa fiancée Georgette connue lors d’une permission. Lettre écrite le 17 mai 1917 (extrait)
« O ma Georgette, je devrais te parler d’amour, et je te parle de ça [un champ de cadavres] ! Ah ! Dans ces moments-là, titubant, ivre, abandonné, frissonnant, naufragé, je tends les bras vers toi, je t’implore, je te supplie. Je suis un homme pourtant et des fois je grince des dents pour ne pas pleurer. »
Générique : Warm Sunset par Romarecord1973, disponible sur Pixabay
Un podcast produit par l’Association Mnémosyne avec Cécile Béghin.
Noémie Gmür et Clémentine Letellier à la technique.
Clémentine Letellier à la lecture des textes.
Pouvoir et corps des femmes.
Accouchées et sages-femmes royales en France aux XVIIe et XVIIIe siècles
.
Comme vous le savez, dans ce podcast, on s’intéresse beaucoup au corps des femmes et à la façon dont le corps féminin est souvent présenté comme une limite pour l’action, alors même qu’il est instrumentalisé et utilisé par des sociétés patriarcales, au gré des besoins. Depuis quelques années, les historien·nes se sont intéressés au pouvoir des reines et aux différentes modalités de son expression : c’est ce qu’on appelle les Queenship studies.
Aujourd’hui, nous recevons Pascale Mormiche, qui a publié, aux éditions CNRS, en 2022 un ouvrage intitulé Donner vie au royaume. Grossesses et maternités à la Cour, XVIIe – XVIIIe siècles. Ensemble, nous observerons la façon dont les corps des reines et des princesses royales ont été mobilisés dans la reproduction d’héritiers et d’héritières par la monarchie française des XVIIe et XVIIIe siècles, dans des stratégies d’exercice et de conservation du pouvoir. Il s’agit donc ici de considérer la grossesse et la maternité comme des événements majeurs des dynasties royales.
Cette question des grossesses royales nous amènera à observer plus largement la question du corps et de la sexualité des princesses et des reines ainsi que l’existence des différentes actrices et acteurs de la surveillance et plus largement, de la reproduction des familles royales, et en particulier les sages-femmes. À travers leur rôle et leurs compétences, c’est toute la question des savoir-faire féminins à l’époque moderne, leur acquisition et leur transmission, que nous pourrons interroger.
Comme d’habitude, nous vous parlerons également des possibilités qu’offre cette étude scientifique dans l’élaboration de vos cours, notamment en classe de 5e et de 2nde.
Propositions de documents pour vos cours :
Dans cette épisode, nous évoquons la possibilité d’étudier la construction de l’Etat royal en France à partir de l’étude de la construction dynastique du pouvoir, ce qui passe immanquablement par la reproduction sexuelle des rois et des reines.
Pour cela, nous vous proposons plusieurs documents ci-dessous :
- Le site d’Eliane Viennot propose une riche documentation scientifique et des extraits de sources, notamment à propos de la loi salique ou encore sur la figure des gouvernantes que Pascale Mormiche a évoqué en début d’épisode.
- Vous trouverez dans l’ouvrage de Pascale Mormiche des documents intéressants, n’hésitez pas à aller le consulter.
- Notre invitée vous invite également à utiliser le site Cour de france.fr, et notamment à faire des recherches par mots clefs. Voici les résultats lorsque l’on cherche le terme « reine » sur le site : https://cour-de-france.fr/spip.php?page=recherche&recherche=reines
- Enfin, nous avons mentionné dans la partie didactique un tableau de Louis XIV et sa famille, que voici : https://histoire-image.org/etudes/portrait-mythologique-famille-louis-xiv
Bibliographie
- BEAUVALET-BOUTOUYRIE Scarlett, Renard Jacques, « Des sages-femmes qui sauvent les mères ? », Histoire, économie et société, 1994, 13e année, no 2, p. 269-290.
- BERTHIAUD Emmanuelle, « Grossesse désirée, grossesse imposée : le vécu de la grossesse aux XVIIIe- XIXe siècles en France dans les écrits féminins privés », dans Histoire, économie & société 4/2009 (28e année), p. 35-49.
- BERTHIAUD Emmanuelle, «La grossesse invisible: la représentation des reines et des princesses enceintes à la cour de France (XVIIe-XIXe siècles)», Naissance et petite enfance à la cour, Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2016.
- COESTER Christiane, « Passages de frontières. Le voyage de la jeune mariée dans la haute noblesse des temps modernes (XVe-XVIIIe siècle) », Genre & Histoire [en ligne], 9, Automne 2011.
- COSANDEY Fanny, « Les femmes en monarchie : épouses ou héritières ? », dans CAPDEVILA Luc et al. (dir.), Le genre face aux mutations : Masculin et féminin, du Moyen Âge à nos jours, Rennes, PUR, 2003.
- COSANDEY Fanny, La Reine de France. Symbole et pouvoir, XVe-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, « Biblio- thèque des histoires », 2000.
- GARGAM Adeline, « L’obstétrique au XVIIIe siècle : un territoire de femmes convoité par les hommes », dans Femmes et Sciences, Paris, éd. Association Femmes et Sciences, 2012, p. 73-90.
- GAUDE-FERRAGU Murielle, La reine au Moyen Âge. Le pouvoir au féminin, XIVe-XVe siècle, Paris, Tallandier, 2014.
- GAUDE-FERRAGU Murielle, LAURIOUX Bruno et PAVIOT Jacques (dir.), La Cour du Prince. Cour de France, cours d’Europe, XIIe-XVe siècle, Paris, Champion, «Études d’histoire médiévale », 13, 2011.
- GÉLIS Jacques, La sage-femme ou le médecin. Une nouvelle conception de la vie, Paris, Fayard, 1988.
- HANAFI Nahema, « Le fruit de nos entrailles: la maternité dans les écrits des nobles toulousaines du siècle des Lumières», Annales du Midi, 2010, t. 122, no 269, p. 47-74.
- HANAFI Nahema, Le frisson et le baume. Expériences féminines du corps au Siècle des Lumières, Rennes- Paris, PUR, CTHS, 2017
- LAURENT Sylvie, Naître au Moyen Âge, De la conception à la naissance : la grossesse et l’accouchement (XIIe-XVe siècle), Paris, Le Léopard d’or, 1989.
- LEWIS Andrew W., Le sang royal. La famille capétienne et l’État, France, Xe-XIVe siècle, Paris, Galimard, 1986.
- MORMICHE Pascale et PEREZ Stanis, Naissance et petite enfance à la cour, Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2016.
- MORMICHE Pascale, «De la grossesse à la naissance : le calendrier et le cérémonial (1638-1789) », Naissance et petite enfance à la cour, Septentrion, Villeneuve d’Ascq, 2016.
- MORMICHE Pascale, Devenir prince. L’école du pouvoir en France, XVIIe – XVIIIe siècles, CNRS Editions, 2009
- MORMICHE Pascale, Donner vie au royaume, CNRS éditions 2021
- NOLDE Dorothea, « Princesses voyageuses au XVIIe siècle. Médiatrices politiques et passeuses culturelles », Clio. Histoire, femmes et sociétés, 28, 2008, p. 59-76.
- PASCAL Eugénie, « L’attente de l’héritier. Désir d’enfant, grossesse et délivrance dans les lettres de princesses (1560-1630)», dans MCCLIVE Cathy et PELLEGRIN Nicole (dir.), Femmes en fleurs. Femmes en corps. Sang, Santé, Sexualités, du Moyen Âge aux Lumières, Saint-Étienne, Publications de l’université de Saint-Étienne, coll. « L’école du genre », série « nouvelles recherches », no 4, juin 2010.
- PEREZ Stanis, Le corps de la reine, Paris, Perrin, 2019.
- PICCO Dominique, « “Réseaux de femmes, femmes en réseaux” : Avant-propos », Genre & Histoire [en ligne], 12-13, Printemps-Automne 2013.
- ROGISTER John, « Queen Marie Leszczynska and Faction at the French Court, 1725-1768», dans CAMPBELL ORR Clarissa, Queenship in Europe 1660–1815, The Role of the Consort, Cambridge, Cam- bridge University Press, 2004.
- SAGE PRANCHÈRE Nathalie, L’école des sages-femmes. Naissance d’un corps professionnel (1786-1917), Tours, Presses universitaires François Rabelais, coll. « Perspectives historiques », 2017.
- SYLVÈNE Édouard, Le Corps d’une reine. Histoire singulière d’Élisabeth de Valois, Rennes, PUR, 2009.
- VIENNOT Éliane, Marguerite de Valois. « La reine Margot », Perrin, Tempus, 2015
- WILSON-CHEVALIER Kathleen et Viennot Éliane (dir.), Royaume de Fémynie. Pouvoirs, contraintes, espaces de liberté des femmes, de la Renaissance à la Fronde, Paris, Champion, 1999.
Textes et crédits :
- Texte 1 : annonce de Marie-Antoinette à sa mère le 17 juillet 1773 après une entrée solennelle à Paris.
- Texte 2 : lette de Stanislas, père de Marie Leszczynska, au maréchal du Bourg, son secrétaire, dans Paul de Raynal, Le mariage d’un roi, Paris, Calmann-Lévy, 1887, p. 305.
- Texte 3 : réflexion de Louise Bourgeois, Sage-Femme de Marie de Medicis en 1617 dans Observations de Louyse Bourgeois ditte Boursier, Sage-femme de la Royne, livre deuxiesme, p. 215.
- Texte 4 : Discussion entre la dernière princesse de Berry et son accoucheur Louis-Charles Deneux, dans Louis-Charles Deneux, Quatrième grossesse de la duchesse de Berry, Paris, A. Delahaye et E. Lecrosnier, 1881, p. 64.
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Un podcast produit par l’Association Mnémosyne avec Cécile Béghin.
Noémie Gmür et Clémentine Letellier à la technique.
Clémentine Letellier à la lecture des textes.
Venez découvrir le tout premier épisode de la saison 2 de notre podcast, Du Genre dans l’Histoire, qui vous présente les grandes problématiques de l’histoire des femmes et du genre à travers des recherches récentes. Nous nous interrogeons ensuite sur les possibles transpositions didactiques de ces travaux dans les cours d’histoire du secondaire.
Aujourd’hui, nous allons parler d’intimité, de couple et de mariage, en observant l’évolution du marché de la rencontre entre les XIXe et XXe siècle. Nous mentionnons également le lien entre les petites annonces de journaux, les agences matrimoniales, et le développement des sites et applications de rencontres actuelles qui peuvent être perçues comme une forme contemporaine de l’intermédiation de rencontre.
Pour évoquer ces questions, nous avons le plaisir de recevoir Claire-Lise Gaillard, qui a soutenu en 2021 sa thèse sur l’histoire du marché de la rencontre en France aux XIXe et XXe siècles (c.f. bibliographie). Avec elle, nous nous sommes interrogées sur l’existence d’un « marché matrimonial », sur le rôle des intermédiaires de rencontre et sur ce que les petites annonces révèlent de l’intimité, des stéréotypes de genre et des stratégies amoureuses et matrimoniales des français·es.
Nous vous présentons également tout l’intérêt que cette thématique, mais surtout les sources utilisées par Claire-Lise Gaillard, présentent pour enseigner les transformations de la société française entre le XIXe et le XXe siècle dans les cours d’histoire-géographie, mais aussi en EMC.
Propositions de documents pour vos cours :
Nous remercions Claire-Lise Gaillard de nous permettre de vous diffuser ces quelques documents provenant de sa thèse, Célibataire épouserait jeune fille avec dot. Histoire du marché de la rencontre en France (XIXe-XXe siècles) [à paraître].
Dans cet épisode, nous vous invitons à vous saisir de la source primaire utilisée par Claire-Lise Gaillard : les petites annonces. Leur lecture, au premier abord ludique, permet rapidement aux élèves de collège comme de lycée, de saisir les stéréotypes et le modèle qui sous-tend l’écriture de ces petites annonces. Il devient alors possible d’étudier avec nos classes les interactions sociales propres au XIXe siècle (en 4e – 3e, ou en Première voire en Terminale). Voici un échantillons de petites annonces issues du journal L’Intermédiaire Discret, classé par sexe.
Vous pouvez aussi utiliser des caricatures qui, aux côtés de ces annonces, permettent de percevoir la façon dont le marché matrimonial, mais surtout l’intermédiation des rencontres, sont perçues et critiquées.
Pour étudier les stéréotypes de genre, en EMC par exemple, nous vous conseillons ces graphiques proposés par notre invitée dans sa thèse à paraître :
Enfin, les petites annonces datant de l’entre-deux guerre peuvent permettre de constater, de façon différente de nos sempiternelles pyramides des âges, l’impact démographique et social de la Grande Guerre, en permettant aux élèves de constater la grande quantité de veuves qui se tournent vers le marché patrimonial et qui sont moins regardantes que les célibataires sur le statut matrimonial recherché.
Bibliographie
- BERGSTRÖM Marie, Les Nouvelles lois de l’amour. Sexualité, couple et rencontres au temps du numérique, Paris, La Découverte, 2019.
- BESSIÈRE Céline et GOLLAC Sibylle, Le Genre du capital : comment la famille reproduit les inégalités, Paris, la Découverte, 2020
- BETTE Peggy et GONZALEZ-QUIJANO Lola, « De « la femme seule » aux femmes sans mari », Genre & Histoire, février 2016, no 16.
- CHARLE Christophe, Histoire sociale de la France au XIXe siècle, Points Histoire 2015
- DAUMARD Adeline, « Affaire, amour, affection : le mariage dans la société bourgeoise au XIXe siècle », Romantisme, 1990, vol. 20, no 68, p. 33-47.
- FRYDMAN Hannah et GAILLARD Claire-Lise, « « Les dessous des petites annonces » : quand les intimités se marchandent à la quatrième page des journaux (IIIe République) », Histoire, Économie & Société, 19 août 2020, 39e année, no 3, p. 45-66.
- FÜG-PIERREVILLE Corinne, Entremetteurs et entremetteuses dans la littérature de l’Antiquité à nos jours : actes du colloque international des 18 et 19 mai 2006 [Université Jean Moulin-Lyon 3], Lyon, CEDIC Centre Jean Prévost, Université Jean Moulin, Lyon 3, 2007.
- GAILLARD Claire-Lise et LEGRANDJACQUES Sara, « Rencontre(s) : enjeux, pratiques, représentations », Hypothèses, 2019, vol. 22, no 1, p. 229-237.
- GAILLARD Claire-Lise, « Du média à l’intermédiaire : le courrier du cœur comme espace de rencontre. L’exemple du courrier de Midinette » dans STIÉNON Valérie et ABSALYAMOVA Elina (dir.), Les Voix du lecteur dans la presse française du XIXe siècle, PULIM., Limoges, 2018, p. 322-342.
- GAILLARD Claire-Lise, « Feuilleter la presse en ligne par Giga Octets », dans MULLER Caroline et CLAVERT Frédérique (dir.) Le Goût de l’archive à l’ère numérique, http://www.gout-numerique.net/table-of-contents/feuilleter-la-presse-ancienne-par-giga-octets, 4 juin 2018.
- GAILLARD Claire-Lise, « Oscillations et réaffirmations du genre dans les petites annonces de l’Intermédiaire Discret 1921-1939 » , Genre & Histoire, 21 | Printemps 2018 , p.1 à 20.
- GAILLARD Claire-Lise, Célibataire épouserait jeune fille avec dot. Histoire du marché de la rencontre en France (XIXe-XXe siècles), thèse doctorat Université Paris I, sous la direction de KALIFA Dominique et LEMERCIER Claire, Paris 2021.
- GOUGELMANN Stéphane et VERJUS Anne, Écrire le mariage en France au XIXe siècle, Saint-Étienne, Presses universitaires de Saint- Étienne, 2017.
- GROPPI Angela et FINE Agnès, « Femmes, dot et patrimoine », CLIO. Histoire, femmes et sociétés, avril 1998, no 7.
- KALIFA Dominique, « L’invention des agences matrimoniales », L’Histoire, juin 2011, vol. 365, no 6, p. 76-79.
- PERROT Michelle, Histoire de la vie privée. Tome 4. De la Révolution à la Grande guerre, Paris, Seuil, [1987], 1999.
- SALMON Aïcha, La Nuit de noces. Une Histoire sociale et culturelle de l’intimité conjugale (France, années 1800 – années 1920), Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2020.
- SOHN Anne-Marie, 100 ans de séduction: une histoire des histoires d’amour, Paris, Larousse, 2003.
- TABET Paola, La Grande Arnaque : sexualité des femmes et échange économico-sexuel, traduit par Josée CONTRERAS, Paris Budapest Torino, l’Harmattan, 2004
- VIDAL-NAQUET Clémentine, Correspondances conjugales 1914-1918 : dans l’intimité de la Grande Guerre, Paris, France, R. Laffont, 2014.
- « Histoire de l’amour 3/4 », La fabrique de l’histoire, 13 février 2013 https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique- de-lhistoire/histoire-de-lamour-34
Textes et crédits :
- Texte 1 : extrait de l’ouvrage de Théodore Henri « A travers Marseille, les agences matrimoniales », dans Le Petit Marseillais, 20 avril 1873.
- Texte 2 : lecture de deux annonces publiées dans L’intermédiaire Discret en janvier 1938.
- Texte 3 : lecture de deux annonces publiées dans L’intermédiaire Discret en janvier 1934.
Générique : Warm Sunset par Romarecord1973, disponible sur Pixabay
Un podcast produit par l’Association Mnémosyne avec Cécile Béghin.
Noémie Gmür et Clémentine Letellier à la technique.
Clémentine Letellier à la lecture des textes.

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Presses Universitaires de Rennes / Association Mnémosyne


Documentation Photographique, CNRS Edition







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