par Philippe Petit

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Aujourd’hui dans l’Essai du Jour : «La place des femmes dans l’histoire. Une histoire mixte», coordonné par Geneviève Dermenjïan, Irène Jami, Annie Rouquier, Françoise Thébaud, aux Éditions Belin, 30 euros.

J’ai ouvert ce livre avec les meilleures dispositions du monde. L’idée d’écrire une histoire mixte où les femmes recouvrent une place qui leur fut souvent volée est en soi une idée noble. La transmission d’un récit essentiellement masculin dans le discours historique enfreint la libre émulation des sexes autant que leur commerce. Faire de la place des femmes dans l’histoire une priorité, voire une sorte de récit de substitution, est une entreprise qu’il convient de saluer. Je dirais tout à l’heure ma déception, mais je commencerai par mon approbation. L’histoire des relations entre hommes et femmes et la longue aventure des identités masculines et féminines touche à ce qu’il y a de plus constitutif de l’identité des sociétés et des individus. On ne saurait en effet aborder l’une sans s’appuyer sur l’autre. Quiconque se penche sur la présence des femmes dans la sphère publique est amené à faire sa part à la vie privée. Marguerite Duras dans « La vie matérielle » (1987) évoque cette double inscription entre le dehors et le dedans, entre la vie au bistrot et la vie à la maison, qui lorsqu’on parcourt les siècles, recoupe aussi bien le départ des hommes à la guerre, que celui d’Ulysse, le destin des Amazones et celui de Pénélope. Car si les formes de la vie privée ont connu de profondes transformations et ont pu entrer en conflit permanent avec la sphère publique, au point de se confondre parfois aujourd’hui avec elle, sous le nom de visibilité, il n’est pas sûr que « la loi du lit », telle qu’elle fut énoncée par Homère, se soit métamorphosée au même rythme et selon les mêmes valeurs. Les mœurs changent, mais il leur arrive parfois de se maintenir, et même de régresser.

Quand il s’agit du féminisme, il ne faut jamais crier victoire !

Si l’histoire était un progrès continu, cela se saurait. Et il n’y aurait plus besoin de parler de « desperate housewives ». Je me méfie de l’histoire édifiante. Mais je me méfie aussi de l’historicisme qui met l’histoire à toutes les sauces, et réduit les comportements humains à de pures constructions sociales. Je m’explique. J’adhère totalement à l’idée que la place des femmes dans l’histoire enseignée est insuffisante et que cette insuffisance est un véritable frein dans la marche vers l’égalité. Enseigner une histoire résolument mixte devrait être un impératif. Ce livre a le mérite de rétablir nombre de vérités. « Le tour de France par deux enfants », par exemple, fut publié en 1877 chez Belin – le même éditeur que cette histoire mixte – et était signé Giordano Bruno, alors qu’il fut écrit par Augustine Fouillée, la femme d’Alfred, le philosophe (1836-1912). De la même manière, on a tendance à minimiser le rôle des femmes dans la Résistance, ou bien, on a l’habitude de parler des « Pères de l’Europe », mais on oublie de nommer les Mères : Louise Weiss, Marcelle Devaud, Irène de Lipkowski. Tout cela est grotesque.

Mais il ne faut pas en rester là. « L’empire des femmes » – pour reprendre l’expression d’un dénommé Thomas au XVIII siècle- fut si souvent frappé d’ambivalences qu’il servit à la fois la cause de l’oppression et de l’émancipation. Une histoire mixte permet d’échapper à cette opposition. Elle nous fait comprendre que pour s’opposer, les hommes et les femmes ont toujours composé, pour le pire et le meilleur. Et s’il est des femmes qui se pâmaient devant les beaux yeux de Pétain, il en est d’autres qui surent résister aux assauts de Napoléon. Et que c’était justement pour cette raison – échapper aux fausses emprises de la différence sexuelle – que les romantiques se cherchèrent des sœurs, Alexandra Kollontaï ( 1872-1952) défendit l’amour libre, et Colette quitta Willy.

Le reproche que l’on peut faire à cette histoire mixte est sa prudence. Elle avance sur des œufs. Concernant le voile par exemple et la place des femmes dans les cultures d’islam, j’aurais aimé voir citer Mohamed Arkoun et pas seulement Fadela Amara, au demeurant sympathique. J’aurais aimé que la part faite aux changements n’occulte pas le rôle de la longue durée. J’aurais aimé que le mot de mutation ne soit pas prétexte à réaffirmer des bons sentiments, certes respectables, mais qui ne nous protègent ni des incertitudes du présent, ni des nouvelles peurs, ni du conformisme. J’aurais aimé qu’au catéchisme républicain de nos ancêtres, elle ne cède pas à la tentation de lui substituer un autre catéchisme…

 

Retrouvez la chronique de Philippe Petit sur Marianne.net

Chronique du 29/11/2010
6 heures 41/France Culture
Dans l’émission : Pas la peine de crier

Livre publié en écho à l’exposition présentée à la Galerie des bibliothèques, dans le cadre du Mois de la Photo à Paris, et à l’occasion de l’anniversaire des 40 ans de la naissance du MLF.

Pour la première fois, les photographies issues d’un fonds unique en son genre, celui de la Bibliothèque Marguerite Durand, nous racontent les femmes à la conquête de leurs libertés. À l’origine de cette collection, une personnalité hors du commun, Marguerite Durand, pionnière parmi les militantes pour le droit des femmes à la Belle Epoque, première patronne de presse en France, fondatrice du journal, La Fronde, entièrement rédigé par les femmes pour les femmes. Afin de témoigner de leur apport comme actrices de l’histoire, elle créa un fonds de documentation spécialement consacré aux femmes. Cette « frondeuse » affichait une double ambition : conserver une trace visible des femmes présentes dans l’espace public, actives dans des domaines traditionnellement réservés aux hommes et archiver les témoignages de leurs mobilisations militantes. La mémoire des femmes est restée jusqu’à aujourd’hui le fil conducteur de cette collection de quelque 4 000 photographies, parmi les multiples documents réunis par la volonté de la fondatrice.

Exposition 22, rue Malher, 75004 Paris, du 19 novembre 2010 au 13 mars 2011.

http://www.paris-bibliotheques.org/editions/20-photo-femmes-feminisme-1860-2010/

Photos, femmes, féminisme : 1860-2010 : collection de la Bibliothèque Marguerite Durand, Annie Metz & Florence Rochefort (dir.), Paris, Paris Bibliothèques, 2010.

 

A l’occasion de la sortie du livre « La place des femmes dans l’histoire – Une histoire mixte » en 2010, Pascale Barthelemy présidente de Mnémosyne présente l’association sur le site de Teledebout avec qui nous sommes partenaires pour le prix Buzzons contre le sexisme

Buzzons-Mnemosyne

http://teledebout.org/videos/camera-au-poing/cap-associations/mnemosyne/

« On ne naît pas femme, on le devient ». Des leçons de broderie aux cours d’éducation sexuelle, le xxe siècle est porteur d’une évolution, à la fois spectaculaire et paradoxale, de l’éducation des filles, naviguant entre l’enseignement d’un éternel féminin et une émancipation durement conquise. Cet ouvrage richement illustré met en scène ce cheminement à travers 200 documents souvent inédits : journaux intimes, cahiers d’élèves, courrier du cœur… Les lectures destinées à apprendre aux petites filles leur place en société au début du siècle sont aussi édifiantes que l’enseignement du dévouement familial dans les années 1960. Fort heureusement l’engagement d’institutrices pionnières, les revendications de la jeunesse et la révolte de féministes enrayeront le dispositif éducatif, à l’école comme à la maison, pour fabriquer des épouses et des mères modèles. Rebecca Rogers et Françoise Thébaud, toutes deux spécialistes reconnues de l’histoire des femmes, analysent et commentent ce parcours passionnant dont les femmes d’aujourd’hui sont les héritières.

http://www.editionstextuel.com/index.php?cat=020201&id=493

La fabrique des filles. L’éducation des filles de Jules Ferry à la pilule, Rebecca Rogers, Françoise Thébaud, Paris, Éditions Textuel, 2010. 

Que savons-nous du mouvement Jeunes Femmes, de ses origines, du rôle qu’il a joué dans la société française depuis plus de 60 ans et des femmes qui l’ont animé ? Issu de longues recherches dans les archives de l’association et de la rencontre avec de nombreuses actrices, cet ouvrage lui redonne vie et o re un utile instrument de travail pour des recherches ultérieures. Les premières « Jeunes Femmes » abordent toutes les questions sans tabou, de la contraception à l’acquisition d’une culture sociale et politique. Elles étendent leur champ d’intérêts (éducation religieuse des enfants, écologie, handicap, essais atomiques, guerre d’Algérie, grèves d’ouvrières, etc.), en travaillant les questions avant de faire venir sur le sujet des conférencier-e-s brillant-e-s. Les « Jeunes Femmes », plus de dix mille dans les années 1960 et 1970, sont à l’origine du Planning familial et de son expansion. De 1949 à 1981, elles publient le bulletin Jeunes Femmes de haut niveau spirituel et intellectuel. Malgré des vicissitudes, le mouvement protestant est toujours bien vivant aujourd’hui et s’étend avec deux groupes en Roumanie. Historienne, docteure ès lettres, Evelyne Diebolt s’est spécialisée dans l’histoire du secteur associatif français au XXe siècle. Depuis 2000, elle fait des recherches pour que des éléments de l histoire du mouvement Jeunes Femmes soient archivés et subsistent. .

Matériaux pour l’histoire du Mouvement Jeunes Femmes (1950-2010), Evelyne DIEBOLT, Paris, Michel Houdiard éditeur, 2010. 

 

Jusqu’aux indépendances des pays d’Afrique occidentale française (AOF), elles ne furent pas plus de mille à obtenir leur diplôme de sage-femme, d’infirmière ou d’institutrice. Une poignée d’entre elles vit encore aujourd’hui au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, en Guinée, au Mali, au Niger, au Sénégal ou au Togo. À partir d’archives inédites et de près de cent témoignages, Pascale Barthélémy raconte leur histoire, inconnue jusqu’ici. Au croisement de l’histoire des femmes, de l’Afrique et de la colonisation, ce livre contribue à montrer la complexité des rapports de domination en contexte colonial, confrontant les politiques à la réalité des expériences vécues.

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2457

Africaines et diplômées à l’époque coloniale (1918-1957)Pascale Barthélémy, Rennes, PUR, 2010

 


Programme

Les interventions

Première session
Enjeux d’une histoire des femmes et du genre

– Quelle visibilité pour les femmes : spécificité ou intégration ?, Siân Reynolds

– Le genre de la préhistoire : la moitié « invisible » de l’humanité préhistorique, Claudine Cohen

– Genre et Révolution : un mode de subversion du récit historique, Jacques Guilhaumou et Martine Lapied

Deuxième session
Tranmissions dans l’enseignement supérieur : avancées et blocages

– L’histoire des femmes et du genre dans les universités : diversité et paradoxes en Europe, Claudia Opitz

– Transmettre l’histoire des femmes et du genre dans l’enseignement supérieur: un modèle américain ? Rebecca Rogers

– Faire école d’histoire des femmes, la Société Italienne des Historiennes, AnnaScattigno

– Table ronde : « Transmissions dans l’enseignement supérieur », Anne-Claire Rebreyend

Troisième session
Transmissions et expériences dans l’enseignement élementaire et secondaire : blocages et avancées

– L’auteur(e) de manuel du primaire à la peine, Geneviève Dermenjian

– Les manuels, les femmes et la vulgate, Annie Rouquier

– Table ronde : Compte-rendu, Gérald Attali

– Table ronde : Pourquoi enseigner l’histoire des femmes et du genre ?, Nicole Cadène

Quatrième session
Ressources disponibles/ressources souhaitables pour les enseignants

– Femmes et genre dans la Documentation photographique, 1950-2005, Dany Bataille