Cet ouvrage éclaire le public francophone sur une composante singulière de la mythologie nationale israélienne : la figure de la « pionnière » instrumentalisée par le nationalisme sioniste. Il donne des clefs pour comprendre, non seulement les confrontations et les alliances entre nationalisme et féminisme dans la période antérieure à la fondation de l’État d’Israël, mais aussi les débats et les affrontements politiques aujourd’hui.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=37092

Femmes, féminisme, sionisme dans la communauté juive de Palestine avant 1948, Isabelle Lacoue-Labarthe, Paris, L’Harmattan, 2012.

 

 

La sexologie, ou science de la sexualité, s’est constituée au début des années 1910, mais son élaboration remonte au milieu du XIXe siècle, lorsque des médecins et des psychiatres ont commencé à prôner une approche expérimentale de la sexualité humaine. Quelles théories furent alors développées ? Que recelaient les guides pratiques publiés à destination des couples ? Que considérait-on comme des perversions sexuelles ? Quelles étaient les thérapeutiques recommandées – de la diète à l’hypnose en passant par la chirurgie ? Quels enjeux de pouvoir, quelles croyances et représentations culturelles sous-tendaient ces discours ? Première synthèse sur un moment crucial de l’histoire de la sexualité, ce livre est d’ores et déjà considéré comme une référence.

http://www.payot-rivages.net/livre_Les-origines-de-la-sexologie-1850-1900-Sylvie-Chaperon_ean13_9782228907521.html

Origines-Chaperon Les origines de la sexologie (1850-1900), Sylvie Chaperon,Paris, Payot, 2012.

 

Publié en 1882, ce Bréviaire est le premier manuel conjugal de sexologie. Son auteur, le docteur Jules Guyot, est sans doute le premier homme à proclamer que tout mari a le devoir de faire jouir sa femme. Il dévoile concrètement l’art de provoquer « à coup sûr » la volupté chez la femme, enseigne les préliminaires indispensables, les caresses à effectuer, les zones sensibles, les signes féminins de l’excitation et le rôle du clitoris. Claude Bernard, le prince Napoléon, l’actrice Virginie Déjazet, George Sand ou encore l’archevêque de Reims eurent entre les mains ce livre qui touchait juste.

http://www.payot-rivages.net/livre_Breviaire-de-l-amour-experimental-Sylvie-Chaperon_ean13_9782228907248.html

Breviaire-Guyot Bréviaire de l’amour expérimental, Jules Guyot présenté par Sylvie Chaperon,Paris, Payot, 2012.

 

Ce livre réunit des textes parus dans la presse (L’Humanité, Libé, Politis, Le Monde, Regards, Le Nouvel Obs&hellip), ou dans des revues (Vacarme, Réfractions, Cahiers du genre, Mouvements, Revue de l’OFCE, Non fiction…) depuis trente-cinq ans. Il est une sorte de double-témoin : de la pratique et de la théorie ainsi que de leurs rencontres répétées, mais aussi de ce que, à tous les étages de la question féministe, la pensée est convoquée. Au début des années 1970, il y avait les slogans féministes, le journal Le torchon brûle et une figure de référence, Simone de Beauvoir. Comme dans l’histoire passée, les féministes passaient pour des agitées et l’intellectuelle se déclinait au singulier. Geneviève Fraisse appartient à la génération qui a mis la figure de la femme intellectuelle au pluriel, en nombre. Et depuis, elle analyse la pensée féministe dans l’histoire en train de s’écrire.

http://lepassagerclandestin.fr/catalogue/essais/la-fabrique-du-feminisme.html

Fabrique_Fraisse La Fabrique du féminisme, Geneviève Fraisse,Paris, Le Passager clandestin, 2012.

 

 

Trois initiatives :

à la Machine à lire , rencontre avec Françoise Thébaud autour du livre

publié sous l’égide de l’association Mnémosyne et qu’elle a co-dirigé :

La place des femmes dans l’histoire (éditions Belin).

 

co-organisée avec l’atelier Genre de l’université Bordeaux III et l’association Mnémosyme. Elle sera animée par Anne-Marie Cocula.

« Que transmettons-nous aujourd’hui à nos enfants ? Certes, une histoire riche et complexe. Mais son récit – au masculin ou au neutre pluriel – reste partiel et partial, en décalage avec la mixité de nos sociétés démocratiques et l’état de la recherche scientifique. En respectant les programmes scolaires actuels et les passages obligés de la culture historique des citoyennes et citoyens de demain, cet ouvrage tente de proposer un autre récit qui sorte les femmes de l’ombre. Ni geste héroïque au féminin, ni histoire victimaire, il présente le nuancier infini des relations entre hommes et femmes, rend compte de leurs actions respectives et s’interroge sur le sens que chaque société attribue au masculin et au féminin.

Chapitres de substitution et chapitres de complément forment la trame d’un livre d’histoire mixte et offrent un ensemble de dossiers documentaires adaptés à une exploitation pédagogique.

Destiné aux professeurs de l’enseignement secondaire et élémentaire, aux étudiants, aux parents d’élèves, il s’adresse également à tous les lecteurs et lectrices conscients que les femmes, comme les hommes, font l’histoire. »

Françoise Thébaud est professeure émérite d’histoire contemporaine à l’université d’Avignon et codirectrice de la revue Clio. Histoire, femmes et sociétés. Ses nombreuses publications d’histoire des femmes et du genre portent sur la guerre, la maternité, les féminismes, l’historiographie.

 

La Machine à lire – 8, place du Parlement – 33000 Bordeaux – France

tél : 33 (0)5 56 48 03 87 – fax : 33 (0)5 56 48 16 83

 

Le Séminaire du Centre d’Etude des Mondes Modernes et Contemporains,

Réseaux de femmes, femmes en réseaux : approches méthodologiques

Organisé par D.Dussert-Galinat et D.Picco Pessac,

Université Bordeaux3, 7 mars 2012, 14h30-17h30, MSHA salle 2

avec

– Pascal Cristofoli (EHESS) : Partir des femmes et des relations pour étudier une société villageoise. Une première partie de l’exposé rappellera les principes méthodologiques de l’analyse des données relationnelles et des réseaux sociaux, en insistant notamment sur les changements de focale d’observation qu’elle autorise. Nous présenterons ensuite quelques résultats d’une recherche en cours sur l’histoire démographique, politique et sociale du Val de Bagnes qui s’intéresse explicitement au rôle des femmes dans une telle société . Cela nous permettra d’interroger de manière réflexive la place des femmes à chacune des étapes de la recherche (sources, méthodologies et analyses) et d’envisager les apports spécifiques de cet angle d’observation pour l’étude de la parenté et de la sociabilité villageoise, économique et politique…

– Cyril Grange (CNRS) : Les réseaux d’alliances de la bourgeoisie juive parisienne au XIXe siècle : une analyse à partir du logiciel Puck (Program for the Use and Computation of Kinship data) Le logiciel Puck (Program for the Use and Computation of Kinship data) résulte d’une rencontre entre ethnologues et historiens autour d’un projet commun : l’analyse systématique des relations de consanguinité et de mariage à partir de nouveaux outils conceptuels et techniques. L’exposé sera consacré à une présentation des principales fonctionnalités de Puck ainsi qu’à certaines conclusions tirées à partir de l’observation d’un réseau composé des familles de la haute bourgeoisie juive financière et industrielle installée à Paris à la fin du XIXe. On a pu notamment relever l’émergence de figures utérines à partir de 1880 qui ne doit cependant pas être lue comme l’introduction d’une nouvelle forme d’alliance en tant que telle mais plutôt comme le résultat de l’effacement des unions agnatiques, largement dominantes auparavant.

– Françoise Thébaud (université d’Avignon), Histoire des femmes et du genre et analyse des réseaux : questionnements, méthodes, apports Après avoir rappelé ce qu’est le projet historiographique de l’histoire des femmes et du genre, je m’interrogerai sur la place (faible et récente) des questionnements en termes de réseaux, sur les méthodes empiriques que le champ de recherche met en œuvre pour les appréhender et les sources qu’il mobilise, sur les apports de ces recherches. Je développerai particulièrement la question des réseaux militants (notamment féministes) et l’intérêt des correspondances militantes.

 

Journée de la femme « Féminin plurielles »

Tables rondes (programme en fichier pdf) organisées par le Conseil général de la Gironde

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Conseil général de la Gironde invite toutes les femmes à une journée d’échanges, de débats sur de nombreuses questions relatives à la place de la femme dans la société, les résistances tenaces……..

 

Membre de Mnémosyne, Louis-Pascal Jacquemond fait partie des 33 historien-ne-s qui ont rédigé le manuel. Il est agrégé d’histoire, diplômé en droit et en géographie, docteur de troisième cycle en histoire contemporaine. Il a été instituteur, professeur, puis inspecteur d’académie jusqu’en 2010.

Quelle est la genèse de ce manuel ?

Le projet est à l’initiative du collectif Mnémosyne, un groupement d’historiens dont le noyau dur était constitué au départ d’historiennes autour de Michelle Perrot, de Françoise Thébaud…
Ce projet nous tenait à cœur depuis sept ou huit ans et nous avons contacté plusieurs éditeurs, sans succès. Nous avons été soutenus par la région Ile-de-France et Belin a trouvé que notre initiative correspondait chez eux à un projet d’ouvrages destinés aux enseignants pour épauler les manuels scolaires.

Qu’est-ce qui a motivé la création de cet ouvrage ?

D’abord un aspect militant. Nous considérons que la dimension du genre et des femmes est très insuffisamment enseigné en histoire et que la vulgarisation des connaissances sur l’histoire des femmes mérite d’être développée.

L’histoire des femmes est devenu un champ de recherche et de publications reconnu, et dans les enseignements universitaires, le genre a été bien introduit. Parmi les questions du Capes ou de l’agrégation par exemple, il n’est pas rare que certaines abordent la question des femmes. Mais ce qui me gène c’est que le sujet des femmes ne soit considéré que comme une partie de l’histoire et non comme une focale. Alors qu’implicitement on enseigne l’histoire sous la focale hommes.

Malgré les progrès observés dans l’enseignement supérieur, les manuels scolaires, de l’école primaire au lycée, n’abordent l’histoire que sous un angle masculin.
J’étais inspecteur d’académie chargé notamment des programmes d’histoire et géographie. Nous n’étions que quelques-uns à vouloir faire bouger les programmes.

L’ouvrage s’adresse aux enseignants. Or, ceux-ci se plaignent souvent de programmes surchargés, ne craignez-vous pas une réticence à l’égard de ce qui pourrait leur sembler une « charge » supplémentaire ?

L’ambition du livre c’est de montrer aux enseignants que sur le même thème on peut avoir une autre focale et entrer par le sujet des femmes. Nous ne voulons pas alourdir les programmes.

On peut, par exemple, enseigner le 19e siècle en parlant des femmes peintres et écrivains, ça ne coûte rien. Ou la Révolution française à partir des portraits de femmes d’Arthur Young, un anglais qui circule en France de 1787 à 1789. Ses portraits de paysannes suffiraient à parler de leur activité, de l’agriculture, à décrire la société, les rapports de pouvoir, les rapports à la terre. Cela ne constitue pas un changement radical de l’enseignement de l’histoire, c’est juste une approche différente.

Dans la préface du livre, Michelle Perrot estime que « proposer une histoire mixte peut faire comprendre aux garçons et aux filles d’aujourd’hui le présent parfois énigmatique de leurs relations » ?

J’en suis convaincu. Au travers d’un tel enseignement, il y a une finalité civique très forte. Il faut permettre aux filles et aux garçons de ne pas reproduire de manière implicite une culture inscrite dans un modèle de domination masculine, dans l’idée qu’il y a des assignations sexuées et que certains métiers se déclinent obligatoirement au masculin. C’est important que dans l’enseignement il y ait des figures exemplaires.

La seule matière enseignée dans laquelle on aborde les rapports hommes-femmes, c’est en SVT (sciences de la vie et de la Terre) avec l’enseignement de la reproduction humaine et de l’éducation sexuelle. Le problème c’est que l’on parle d’une naturalité des différences. Les femmes portent les enfants, il peut donc être perçu comme naturel par les élèves le fait qu’elles s’en occupent. Si d’autres matières n’abordent pas l’égalité des sexes ou l’analyse des rapports hommes-femmes, l’approche « naturelle » peut-être dangereuse.
Si l’enseignement, et pas seulement en histoire, ne crée pas suffisamment de références masculines et féminines on ne fera que reproduire les stéréotypes, les pratiques actuelles. Le plafond de verre que subissent les femmes actuellement fonctionne en grande partie à cause de cela.

Vous êtes 7 hommes sur 33 historiens à avoir contribué à la rédaction du livre. L’histoire des femmes et du genre est-elle encore plutôt une affaire de femmes ?

Ce sont en général les femmes qui traitent les thèmes abordés dans le manuel. Au départ, il ne devait y avoir que des femmes dans le projet. Puis le parti pris a été de chercher à chaque fois le ou la spécialiste du thème.
Fabrice Virgili, par exemple, est spécialiste des relations de genre pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a travaillé notamment sur les femmes tondues à la libération et aborde cette stigmatisation physique comme une façon pour les hommes de se dédouaner de ne pas avoir été viril à un moment donné. Il est le seul à avoir travaillé sur ce sujet.

En tant qu’homme, qu’est-ce qui vous a poussé à envisager l’histoire sous l’angle des femmes ?

J’avais 20 ans en 1968, j’étais entouré de filles, du MLF ou non. Les discussions sur les rapports hommes-femmes étaient nombreuses. Quand je me suis marié, une question essentielle était la répartition des tâches ménagères. Est-ce que mon vécu à cette époque est le déclencheur ? Je ne sais pas.
Et puis, j’ai été élevé par des femmes et c’est mon arrière-grand-mère me racontant la vie de ses aïeules qui m’a donné le goût de l’histoire.

Vous considérez-vous féministe ?

Je ne sais pas, c’est perçu comme ça en tous cas.
Ma femme dirait que non…

Propos recueillis par Catherine Capdeville – EGALITE

Alternatives Économiques, hors-série poche n°051, Le Temps des femmes, « Une trop petite place dans les livres d’histoire », septembre 2011.

Plece-AlternativesEconomiques

Controverse autour d’un féminisme à la française, dossier réalisé par Pascale Barthélémy, MCF d’histoire contemporaine, ENS de Lyon, dans le cadre du séminaire interdisciplinaire sur le genre, ISH, Lyon.

Suite à la mise en ligne du dossier « Controverse autour d’un féminisme à la française », Geneviève Fraisse nous a adressé les deux textes suivants écrits cet été pour Regards et Libération.

Une si désirable égalité des sexes

http://www.regards.fr/idees/une-si-desirable-egalite-des-sexes

Par Geneviève Fraisse, 20 juillet 2011

La vraie question n’est pas morale, ce n’est pas celle de la frontière entre vie privée et vie publique. Geneviève Fraisse, philosophe, interroge la notion d’égalité des sexes à l’aune de l’affaire DSK.La philosophie morale encercle les débats dits de société; le bien et le mal sont des repères obligés. Or le débat moral esquive l’historicité de l’égalité des sexes.Alors ma proposition, sur un tout autre registre: l’«affaire DSK» ne dépend ni d’un débat moral sur la bonne et la mauvaise sexualité ni de la ritournelle sur l’inévitable frontière entre vie privée et espace public. Il suffit juste de prendre au sérieux le mot «égalité», celui de l’égalité des sexes, et de voir son effet théorique et politique sur des affaires classiques de la vie humaine, la vie sexuelle et le statut de l’intimité…D’abord l’imaginaire …Pas de sexualité sans fantasmes, sans rapports improbables, sans limites décentes franchies. Oui, le sexe a à voir avec l’excès plutôt qu’avec la maîtrise. Alors que peut produire l’égalité dans ce lieu de l’imaginaire qui est aussi un espace réel?On se souvient que le mariage fut longtemps le garant de cette situation risquée, celle du rapport sexuel. Du point de vue d’aujourd’hui, la question est plus globale, l’institution de la relation sexuelle est marginalisée et c’est pourquoi tout le monde est obsédé par la «frontière » entre public et privé. Or le débat est ailleurs.Deux remarques: la première est simple, elle touche au consentement dans sa mutualité, sa symétrie. C’est cela l’égalité : non pas la vérification du bon (ou mauvais) consentement – dont on sait que seul le sujet, en connaît la teneur, «de vous à vous-même», comme dit Pascal -, de sa véracité ou de sa contrainte, mais l’égal vis-à-vis, le jeu du même plan entre deux personnes, pour un oui, ou pour un non.On sait aussi que la hiérarchie est tapie dans nos gestes, la hiérarchie des consentements (adhérer ou accepter?), la hiérarchie du service domestique, héritage des temps ante-démocratiques. Mais l’horizontalité de l’égalité, mutualité, symétrie, est le présent politique contemporain ; et pourtant encore neuf si l’on en croit les réactions aux affaires récentes.De l’égalité en plein dans cet espace imaginaire de la vie sexuelle? Oui. Alors plus personne n’a à craindre qu’une frontière entre privée et public soit mal tracée. Ce n’est pas la vie privée, intime, qui est en danger, c’est le risque du partage qu’il faut accepter, celui de l’égalité face à l’imaginaire du sexuel. C’est simple, et c’est tout.Puis le symbolique…La mixité culturelle et libertine de l’Ancien Régime aurait fabriqué, dit-on, une tradition française? Non, c’est prendre l’effet pour la cause. Le temps précédant la démocratie postrévolutionnaire fut peut-être le creuset du plaisir d’une vie sociale emplie de désirs équilibrés ; il fut aussi celui du sceau monarchique de la masculinité divine qui indique clairement la symbolique du côté d’un seul sexe. La puissance abstraite de l’incarnation de Dieu sur la terre, doublée d’une référence à la transmission du trône de mâle en mâle (inscrite dans la loi par un décret d’octobre 1789), a doté le pouvoir politique d’un fort coefficient sexué.Ainsi, aujourd’hui encore, tout ce qui touche au pouvoir, ici, en France, s’adosse à la symbolique masculine. Gageons que notre liberté des moeurs en est simplement le complément dans le réel: comme une affaire d’équilibre, la rigueur symbolique se compense d’arrangements concrets.Alors les pouvoirs, politiques, médiatiques, académiques aussi, sont bien l’héritage d’une capacité de droit divin si joliment renforcé par la transmission (établie par la Révolution, je le souligne) masculine… En somme, je vous parle de l’envers du décor: derrière la galanterie et la mixité du salon d’Ancien Régime, la certitude du sexe du dominant. Alors le féminisme se comprend comme une simple proposition d’égalité, y compris dans les lieux de pouvoir.Je traîne depuis trop longtemps dans la pensée féministe, vaille que vaille, pour ignorer l’âpreté de l’affrontement. L’enjeu? Ne pas toucher au symbolique, nous amuser avec un peu de querelle sur la mixité à la française, et ne pas parler d’égalité.Ce que l’égalité des sexes peut faire au symbolique, c’est comme un crime de lèsemajesté… Mais si l’égalité intervient comme outil politique des relations humaines, alors l’espace domestique sera reconnu, comme l’espace public, comme un lieu de pouvoir, donc de partage de ce pouvoir.Alors on se souviendra de Kant et on le laissera derrière nous: il nous dit qu’une personne, dans le désir, devient chose? Non, elle est un sujet désirant qui est aussi objet de désir. On peut être sujet et objet dans le jeu du sexe. Mais l’objet du désir n’a rien à voir avec la chose. Une femme violée n’a pas été traitée en objet (voire en marchandise), mais bien en chose. Cette distinction est cruciale. Et cette inégalité de traitement, entre une personne et une chose, peut être mortelle. C’est pourquoi l’égalité de sexes est si désirable…

Affaire DSK: le fait divers, c’est du politique

Par Geneviève Fraisse, Directrice de recherche CNRS, 11 août 2011.

Cinq idées, cinq bornes sur le chemin du politique contemporain. La spectaculaire «affaire DSK» est ici centrale et non périphérique… Tel est mon propos, ma proposition de réflexion.L’histoire du service, du service domestique, vient en amont de notre démocratie. Que devient cette situation ancestrale après la Révolution française? Il est toujours utile de rappeler que Proudhon, penseur du mouvement ouvrier, classait les femmes en «courtisane ou ménagère». Or la citation se complète d’un «et non pas servante». Dans son monde de l’égalité sociale, il y aura du sexe et du ménage, mais pas dedomestique! Or le troisième terme, «la servante», disparaît dans la saga socialiste: «putain ou maman», mais pas domestique, cela ferait désordre dans l’attribution des places sexuées du monde à venir. Les femmes, avant d’être des personnes (travailleuses ou citoyennes), ont un statut: ménagère, prostituée, servante. Au XXe siècle, la servante laisse place à l’emploi de service, à la «femme de ménage». On passe donc du statut à la fonction. Mais de la femme et du ménage, qu’en dit la pensée démocratique? Le service implique la hiérarchie. On en pense quoi, en politique?L’histoire du consentement de l’individu contemporain se pense au présent de notre démocratie: la généalogie politique du citoyen, avec la volonté d’adhérer au contrat social et la reconnaissance du consentement mutuel pour se marier, et surtout pour divorcer. Il y a bien là une personne juridique, celle qui contracte, qui dit oui ou qui dit non. Personnage abstrait, abstrait de toute contingence de sexe, de classe, de race, d’emploi. Or la position juridique de la personne qui consent se double, n’en déplaise au libéralisme politique, d’une situation donnée. Alors le consentement individuel (pas seulement sexuel) apparaît dans une complexité remarquable et qui prend la forme d’un cube: trois histoires possibles, l’union sexuelle ou conjugale, le contrat social dans son ensemble, et l’individu contemporain dans son autonomie. Et à chaque fois deux possibilités à ce consentement: libre ou éclairé, tacite ou explicite; et puis une alternative toujours présente: donner ou arracher un consentement, choisir ou accepter le rapport à l’autre… Consentir: nous n’avons pas fini d’en parcourir les arcanes; nous n’y trouverons aucune vérité (le bon ou le mauvais consentement…) mais nous comprendrons que ce mot ne saurait suffire à donner une bonne ou une mauvaise conscience politique. Dire oui ou dire non, c’est bien; mais à qui, à quoi?L’histoire de la frontière privé-public, fil rouge passé, présent ou futur, dans la dynamique démocratique. Que cachent les cris de celles et ceux qui défendent une frontière entre les deux espaces, les deux vies? Une réalité simple, et visiblement dérangeante: les deux lieux, privé et public, marchent ensemble, dans un régime démocratique comme dans un régime monarchique. Mais la démocratie fait rupture dans ce qu’elle rend possible, à savoir l’égalité, l’égalité sociale certes, mais aussi l’égalité entre les femmes et les hommes. Or cela change tout: la notion d’égalité peut s’introduire jusque dans la chambre à coucher. Peu importe que cela soit visible ou pas, ou que le privé se confonde avec l’intime. Penser l’égalité sexuelle est un enjeu important. On comprend que le penseur du Contrat social veuille tenir hors d’atteinte du politique l’espace conjugal et domestique. Le geste de Rousseau est limpide: l’analogie entre famille et cité (père et roi) est obsolète. En effet si père et monarchie vont tranquillement de pair, on ne saurait imaginer, à l’inverse, que l’égalité citoyenne inspire et produise de l’égalité conjugale. Tocqueville, puis Alain diront de même. Or, la démocratie n’a pas à maintenir une frontière entre privé et public, mais à établir une cohérence entre les deux.L’histoire de la France sert d’argument au présentféministe: on aime le jeu de positions entre les deux côtés de l’Atlantique, avec distribution des cartes de la radicalité de l’émancipation des femmes (modérée ou intransigeante). Il y aurait un féminisme français adossé à une galanterie politique, sociale, domestique, légendaire, et un féminisme anglo-saxon fait d’affrontement catégoriel de sexe à sexe. Il y aurait une mixité de bon aloi, opposée à une logique clairement revendicative. Or le féminisme français, né à l’ère post-révolutionnaire, nous explique le mécanisme de la domination masculine comme un tout: la galanterie, ou mixité, est le contrepoint d’un pouvoir masculin fortement symbolique. Le réel de nos bonnes mœurs est comme la compensation d’un absolutisme marqué d’un seul sexe, le sexe mâle; le réel convivial est la pratique d’une soumission à une domination masculine d’autant plus puissante. Symbolique et transcendance masculine ne sont supportées que par un jeu de rôles et d’agrément entre les deux sexes. En bref, il s’agit d’un recto versode la domination, pas d’une tradition meilleure qu’une autre. L’intérêt de l’histoire? Loin d’un service idéologique, la conscience d’un enjeu politique, celui de l’émancipation des femmes.Un fait divers ne fait pas de la politique dit-on avec insistance. Deux remarques, pour finir: la reconnaissance du viol appartient à l’actualité de notre temps (la personne et son consentement; le corps à soi, entre être et avoir). Oui, mais la sexualité se tient hors de la grande histoire, ajoute-t-on alors.C’est peut-être vite dit. Je ne conteste pas la hiérarchie des affaires, affaires du monde, affaires de sexe. Mais l’économie qui pense les échanges, les moyens d’échange, les lieux de l’échange, ne saurait être indifférente à ce qu’un fait divers change la politique. On disputait jadis pour savoir si ce sont les hommes ou les structures qui font l’histoire. Que les sexes fassent l’histoire pourrait aussi être entendu sérieusement, politiquement. Ceux qui dénoncent une «instrumentalisation» de cette affaire sont sourds à l’histoire humaine: les sexes sont une monnaie d’échange, y compris en politique.

Dossier réalisé par Pascale Barthélémy, MCF d’histoire contemporaine, ENS de Lyon, dans le cadre du séminaire interdisciplinaire sur le genre, ISH, Lyon.

► Le 13 juillet 2011, tribune d’Éliane Viennot (Université Jean Monnet & Institut universitaire de France. Vice-présidente de l’Institut Emilie du Châtelet) sur Egalité-info, «Affaire DSK, féminisme et exception française».

http://www.egalite-infos.fr/

Travaillant de longue date sur l’exception française en matière de relations de pouvoir entre les femmes et les hommes en France (1), j’observe avec beaucoup d’intérêt les propos tenus sur ce sujet dans la presse depuis que l’affaire DSK a éclaté. Jusque récemment, aucune explication ou presque sur ladite exception.

La notion a surgi, sous forme de critique, de la presse étrangère, qui, s’adressant à son homologue hexagonale, a épinglé sa connivence mafieuse avec la classe politique, l’accusant de confondre respect de la vie privée et silence sur les pratiques sexuelles délictueuses ou criminelles – et, accessoirement, de découvrir les horreurs auxquelles sont soumis les justiciables (les conditions de détention déplorables, l’aspect odieux des pressions médiatiques…) quand ce sont les grands de ce monde qui y sont confrontés.

Les réponses à ces accusations – fondées – n’ont pas toujours été brillantes, et l’on a pu réaliser qu’une partie des élites françaises n’a toujours rien compris des luttes que mènent depuis trente ans les femmes (et plus récemment les hommes) victimes de violence sexuelles. Ici et là, dans ces articles, on a repris l’idée de «l’exception française», souvent pour faire mea culpa – ce qui constitue un progrès incontestable, tant l’ordinaire réaction est de nous draper dans notre fierté et de revendiquer haut et fort ce que nous reprochent les Anglo-Saxons. Mais d’explication, point. Serions-nous toujours secrètement ravis d’être exceptionnels, quitte à être coupables?

Bien sûr, la galanterie française !

Faute d’explication, des tentatives de rationalisation ont néanmoins surgi, qui ont tout l’air de prendre le contrepied de ces mea culpa nécessaires, si ce n’est suffisants. Les journalistes étrangers ont peut-être raison de nous trouver complaisant/es; mais c’est qu’ils ne savent pas que nous avons, nous, une autre manière de traiter les choses… Nous avons une culture (nous). Un passé (nous). Nous avons Louis XIV (nous). Et la galanterie française. Et, par dessus le marché, un «féminisme à la française», évidemment bien plus sophistiqué que les autres. C’est ce que réaffirment Claude Habib, Mona Ozouf, Philippe Raynaud et Irène Théry dans un récent article pour l’essentiel destiné à renvoyer l’historienne américaine Joan Scott s’occuper de ses oignons, au lieu critiquer ce qu’elle appelle «la théorie française de la séduction» (2).

Tout en saluant l’entreprise qui consiste à essayer de comprendre ce qui se passe, je m’élève, après Joan Scott elle-même, contre cette analyse, qui pêche selon moi autant contre la vérité que contre l’éthique et le féminisme. Contre la vérité: n’en déplaise à Mona Ozouf, qui a déjà défendu l’idée dans Les Mots des femmes (1995), il n’est qu’à ouvrir des histoires du féminisme ou lire les blogs féministes pour le constater. Les Christine de Pizan, les Marie de Gournay, les Gabrielle Suchon, les Hubertine Auclert, les Florence Montreynaud… n’ont jamais servi de doux euphémismes en lieu et place de critiques, ni confondu ce qu’elles faisaient ou font dans leur chambre avec ce qu’elles revendiquaient et revendiquent dans la cité.

Contre l’éthique: ce «féminisme à la française» revient surtout, dans cet article, à suggérer que cette pauvre Joan Scott (qui est spécialiste de la France, rappelons-le (3)) ne comprend ni notre culture, ni même notre langue; c’est faire jouer bien tristement la fibre nationale et surtout celle de l’anti-américanisme, toujours très efficace quand on veut repousser quelque chose. Contre le féminisme, enfin: car « le procureur Joan Scott» est l’une des féministes contemporaines les plus importantes (ce qui n’empêche pas de l’inviter à en rester au commentaire de ce qui est écrit, et à s’abstenir de procès d’intention (4)).

À l’heure où l’enseignement du genre, qui doit bientôt être dispensé en lycée (plus de vingt-cinq ans après l’introduction du concept dans le débat public français (5)), est attaqué par les catholiques intégristes, celle à qui on le doit devrait être identifiée comme l’une de nos meilleures alliées, puisque ce concept aide à réaliser que la domination masculine est un fait de culture et non de nature. By the way : le mot «procureuse» arracherait-il la plume à nos polémistes? Ne savent-elles pas – je mets le il dans les elles – que la masculinisation de la langue française est un produit culturel, issu d’un effort poursuivi avec ténacité depuis le 17e siècle par les partisans de «l’ordre naturel» ? Et que le mot a été employé durant tout l’Ancien Régime (6)?

Sommes-nous encore des Précieuses ridicules ?

Oublions donc le «féminisme à la française», cette invention récente et sans bases historiques (qu’il y ait une manière française de déconsidérer le féminisme, en revanche, est attesté depuis – au moins – les Précieuses ridicules). Reste la complaisance du monde médiatique français, au sens large du terme (des patrons de presse aux journalistes, en passant par les éditorialistes, les essayistes, les «intellectuels», les universitaires…) à l’égard des pratiques sexuelles douteuses, voire délictuelle des hommes de pouvoir. Restent les confusions partagées par une bonne partie de ce petit monde, malgré des décennies d’explications de texte, de rapports, de votes de lois et de procès, entre séduction et harcèlement, entre virilité et domination, entre consentement et soumission, entre femme et objet de plaisir…

Et regardons les bons objets. Non pas Louis XIV, qui faisait ce qu’il voulait puisqu’il était «monarque absolu», mais les intellectuels et les artistes autour de lui, qui ont chanté avec complaisance, pour lui plaire et pour faire carrière, le droit des puissants – et eux seuls – à aimer sans contrainte; ou les historiens qui ont fermé les yeux sur les violences morales imposées à ses compagnes.

Regardons Henri IV, dont les contemporains condamnaient les frasques, mais dont les lettrés du 18e siècle ont fait le super héros qu’il est resté; et Voltaire le premier, qui a défendu l’idée que la puissance sexuelle est inséparable de la puissance politique, et qu’on ne saurait rien reprocher à un «grand roi» dans ce domaine (sauf à être bégueule, attardé, provincial… américain?).

Regardons les liens qui unissent, en France, depuis la fin du moyen âge, le milieu politique et la «clergie» (la classe intellectuelle), dans le monde clos, hyper centralisé, de la capitale ou de la cour.

Regardons les centaines de textes écrits pour vanter la plus grande, la plus belle exception française: la supériorité du seul royaume à ne pas «tomber en quenouille», à être resté fidèle à la «loi naturelle» (de la domination masculine)! Et les cohortes d’historiens qui n’ont rien voulu voir, ou dire de cette fable; et qui ont consciencieusement travaillé à faire disparaître les femmes de l’histoire de France – y compris celles (une grosse vingtaine) qui ont gouverné ce pays.

Oui, regardons notre culture, notre histoire. Cela nous aidera à comprendre pourquoi nous en sommes là, et peut-être comment nous en sortir. Ce qu’aucun mea culpa n’a jamais permis.

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(1) La France, les femmes et le pouvoir, Paris, Perrin. 1. L’invention de la loi salique (5e-16e siècle), 2006; 2. Les résistances de la société (17e-18e siècle), 2008; 3e vol. en cours.

(2) «Féminisme à la française: la parole est à la défense», Libération «Rebonds», 17 juin 2011; l’article faisait suite à un article de Joan Scott titré «Féminisme à la française», Libération «Rebonds», 9 juin 2011.

(3) Après sa thèse sur les ouvriers verriers de Carmaux (1974), Joan Scott a donné plusieurs ouvrage sur l’histoire des femmes, dont La Citoyenne paradoxale : les féministes françaises et les droits de l’homme, 1998; Parité ! L’universel et la différence des sexes, 2005.

(4) Son évocation, dans l’article du 9 juin, de la «méfiance à peine voilée [d’Irène Théry] concernant les motifs d’une femme immigrée, de couleur, issue de la classe ouvrière» est sans fondements textuels dans le texte incriminé (Irène Théry, «la femme de chambre et le financier», LeMonde.fr. du 23 mai).

(5) Joan Scott «Le genre: une catégorie utile d’analyse historique», in Le Genre de l’histoire, Cahiers du GRIF (Paris), printemps 1988; les féministes françaises utilisaient auparavant le concept «sexe social», qui recouvre la même idée – mais qui n’a pas eu la même fortune.

(6) Voir www.siefar.org, rubrique «la guerre des mots».

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